L'Agent secret (1907) occupe, parmi les œuvres de Joseph Conrad (1857-1924), romancier anglais né en Pologne, peintre de la mer et des ports orientaux, une place originale. Il s'agit là d'un roman politique, comme les deux titres qui l'encadrent, Nostromo (1904) et Sous les yeux de l'Occident (1911). Plus insolite dans l'œuvre romanesque de Conrad est son cadre géographique et humain, puisqu'on a affaire à son unique roman londonien. Avec L'Agent secret, il saisit l'occasion de montrer avec éclat qu'il avait de la capitale du Royaume-Uni une connaissance intime. Et voilà que de cette grande et noble ville il choisit de peindre le côté sordide, voire abject. Le Londres de Conrad est un foyer d'anarchistes, qui sont presque tous des êtres dont la médiocrité semble déteindre sur les milieux plus huppés où le romancier conduit son lecteur : une ambassade, le salon d'une grande dame, le bureau d'un ministre, la haute administration de la police.
Le fait central de l'histoire est un attentat commis contre l'observatoire de Greenwich. Pour l'amorce de son récit, Conrad s'est fortement in […]
