2. « El Llano en llamas »
Son premier livre, publié en 1953, s'intitule El Llano en llamas (Le Llano en flammes), recueil de quatorze nouvelles d'une sobriété et d'une intensité dramatique admirables. La région décrite est en général le sud de l'État de Jalisco, dont le décor sauvage et aride est décrit avec la précision sans complaisance d'une gravure à la pointe sèche. Les dialogues utilisent avec naturel les expressions populaires des paysans de la région ; le style est laconique, le lexique très restreint, avec de fréquentes réminiscences du castillan du xvie siècle. Une impression poignante de solitude et d'angoisse se dégage des récits de mort, de banditisme, de pauvreté ou de vengeance qui composent El Llano en llamas. L'atmosphère de monotonie écrasante, d'irrémédiable ennui où se déroule l'existence des personnages a presque une dimension métaphysique. Le dénuement des êtres sans espoir que peint Rulfo est tel qu'il rejoint l'abstraction d'un conte à la Borges. On dirait une farce tragique, découpée en saynètes, démontrant que le ciel est vide au-dessus de ces êtres brisés. Le ton objectif, neutre et comme indifférent, parce qu'il contraste avec l'outrance de la douleur ou du désespoir évoqués, suggère une implacable et redoutable fatalité, qu'accentue parfois un trait fulgurant d'humour noir. Dès le début, le ton est donné avec le monologue de Macario, un jeune orphelin, toujours tenaillé par la faim entre sa marraine acariâtre et la servante Felipa qui pour lui se transforme en nourrice. L'indigence, la saleté, les araignées, les scorpions, les cafards ou les grillons, la besogne rebutante et les terreurs de chaque jour, tout est dit simplement, énoncé en une sorte de mélopée monocorde qui n'est même pas une plainte. D'emblée le lecteur est conduit au-delà même de la révolte dans on ne sait trop quel pays où il ferait toujours nuit. Es que somos muy pobres (C'est que nous sommes très pauvres) met en scène une jeune fille dont une inondation emporte la seule richesse : la vache qui devait l […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 2 pages…



