De tous les photographes de l'École tchèque, Josef Sudek, surnommé le « chantre de Prague », apparaît comme un maître essentiel, un alchimiste, un sorcier de « l'étendue rêveuse [...] chez qui la contemplation de l'objet se colore d'un mystère de plus en plus intérieur » selon les termes de Jean-Claude Lemagny. Pour Sudek, l'acte photographique était une forme de subversion merveilleuse, d'herméneutique – une apologie du silence et de la mélancolie –, et c'est ce qui justifie, au cœur d'une Mitteleuropa tourmentée et meurtrie par l'histoire, la singularité de son œuvre – dépouillée, incandescente – dans la photographie du xxe siècle.
Fils d'un peintre en bâtiment, Josef Sudek naît le 17 mars 1896, à Kolin-sur-Elbe, petite ville de Bohême. Orphelin à deux ans, il est recueilli à Nové Dvory, avec sa mère Johanna et sa sœur Bozena, par un couple de cousins boulangers sans enfants : les Hylsky, qui décédèrent à leur tour très rapidement, léguant leurs biens à la famille Sudek. Josef fait des études de relieur à l'École royale des métiers, mais, c'est sans doute sous l'influence de sa sœur Bozena, qui avait choisi la photographie jusqu'au grade d'as […]
