De tous les photographes de l'École tchèque, Josef Sudek, surnommé le « chantre de Prague », apparaît comme un maître essentiel, un alchimiste, un sorcier de « l'étendue rêveuse [...] chez qui la contemplation de l'objet se colore d'un mystère de plus en plus intérieur » selon les termes de Jean-Claude Lemagny. Pour Sudek, l'acte photographique était une forme de subversion merveilleuse, d'herméneutique – une apologie du silence et de la mélancolie –, et c'est ce qui justifie, au cœur d'une Mitteleuropa tourmentée et meurtrie par l'histoire, la singularité de son œuvre – dépouillée, incandescente – dans la photographie du xxe siècle.
Fils d'un peintre en bâtiment, Josef Sudek naît le 17 mars 1896, à Kolin-sur-Elbe, petite ville de Bohême. Orphelin à deux ans, il est recueilli à Nové Dvory, avec sa mère Johanna et sa sœur Bozena, par un couple de cousins boulangers sans enfants : les Hylsky, qui décédèrent à leur tour très rapidement, léguant leurs biens à la famille Sudek. Josef fait des études de relieur à l'École royale des métiers, mais, c'est sans doute sous l'influence de sa sœur Bozena, qui avait choisi la photographie jusqu'au grade d'assistante professionnelle, qu'il tente ses premiers pas dans cette voie, avec un appareil très rudimentaire : de 1910 à 1914, il effectue surtout des autoportraits – dans lesquels il se livre au plaisir et à la fantaisie de la mise en scène et du déguisement –, des paysages, des images de Prague où viennent s'inscrire les motifs obsédants qu'il développera plus tard, le château de Hradcany, le pont Charles, le Théâtre national, des palais et des statues.
Appelé sous les drapeaux dans l'armée austro-hongroise en 1915, il est blessé sur le front italien en 1916 : après plusieurs opérations, il est amputé du bras droit.
De retour à la vie civile, Sudek se lie d'amitié avec le photographe et intellectuel Jaromir Funke qui l'introduit dans le monde des artistes pragois qui gravitent autour du café de l'Union. Ensemble, ils mèneront une vie un […]
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