Né à Roubaix le 24 avril 1885, Jean Prouvost avait devant lui l'avenir bien tracé et sans panache du grand industriel du Nord.
Après des études sans surprise commencées chez les jésuites et peaufinées en Grande-Bretagne, il prend la tête du peignage Amédée Prouvost, une affaire qui marche mais qu'il enrichit et transforme par son mariage puis par la création de la Lainière de Roubaix. La filature succédant au peignage fait le succès de l'entreprise qui se placera au premier rang de l'industrie textile européenne. De son groupe, Jean Prouvost s'occupe. Mais de loin, et en mesurant strictement son temps, car c'est à la construction d'un autre empire – papier journal contre pelotes de laine – qu'il consacre la démesure et la passion qui l'habitent.
L'occasion de faire ses premières armes lui est fournie à deux reprises par un compatriote, collaborateur de Clemenceau, Louis Loucheur, qui lui demande en 1917 de racheter le quotidien défaitiste Le Pays, détesté par le Tigre, et qui le mettra, en 1924, sur la piste d'un autre titre. C'est ainsi que Jean Prouvost devient propriétaire de Paris-Midi – 4 000 exemplaires ; il va, en six ans, y roder une formule coup de poing, conjuguant politique commerciale et politique rédactionnelle (avec, déjà, Pierre Lazareff et Hervé Mille), qui le conduira au succès. Paris-Midi tire à 100 000 exemplaires quand son propriétaire et rédacteur en chef rachète Paris-Soir en 1930.
« Un journal qui se vend est un journal bien fait. » Cet axiome – cynique ? – fut la règle d'or et de conduite qu'adopta Jean Prouvost pour tous ses titres, et que devait ratifier une époque sans radio ni télévision. Pour côtoyer, puis pour vaincre son rival L'Intransigeant, Paris-Soir joue d'abord sur la présentation. La mise en valeur des grands titres à la une et celle des photos spectaculaires imposent un papier de qualité, satiné... que va fournir Ferdinand Béghin, une autre figure du Nord, industriel de la betterave et du sucre, appelé à la rescousse et qui deviendra le partenaire du patron.
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