À l'heure où le cinéma américain limite ses ambitions aux remakes sûrs, aux sequels bien sécurisées et aux video games détournés, un petit nombre de metteurs en scène, désireux de s'exprimer plus personnellement, parviennent toutefois à s'imposer dans la grande industrie cinématographique outre-Atlantique. Ainsi en va-t-il d'un Paul Thomas Anderson, d'un Todd Haynes ou d'un James Gray. Ce dernier d'une manière peut-être plus courageuse. Car, homme de gauche notoire, soucieux de dénoncer la corruption profonde de son pays, il s'est engagé à le faire en œuvrant au sein de deux genres populaires bien établis, le « polar » (Little Odessa, 1994 ; The Yards, 2000 ; La Nuit nous appartient [We Own the Night], 2007) et le drame sentimental (Two Lovers, 2008), genres qu'il est parvenu à renouveler de l'intérieur, d'une manière fort singulière tant sur le plan thématique que sur celui du style. Cet engagement obstiné n'a pas toujours rencontré l'engouement des producteurs et explique pourquoi le cinéaste n'a réalisé, en une quinzaine d'années, que quatre films. Ce sont autant d'œuvres parfaitement réussies qui doivent beaucoup à sa passion très réfléchie de jeune cinéphile.
Après avoir renoncé à une carrière de peintre et opté pour le cinéma à la seule vision – à l'âge de onze ans – d'Apocalypse Now, James Gray décide d'étudier le septième art à l'université de Californie du Sud où il réalise, comme film de fin d'études, Cowboys and Angel (1991), un court-métrage annonciateur de sa future production professionnelle. C'est seulement trois ans plus tard, à l'âge de vingt-cinq ans, que ce natif (1969) du Queens, quartier désavantagé de New York, livre un premier long-métrage qui, quoique sous influence cinéphilique marquée (Coppola, Scorsese), surprend la critique internationale par sa manière de se démarquer de ses modèles. Effectivement, Little Odessa, s'il semble proche du Parrain et de Mean Streets, plonge en réalité le spectateur au sein d'une mafia pratiquement jamais montr […]
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