Au-delà des innovations qu'il a introduites dans la couture, Jacques Fath a marqué son temps par son rayonnement personnel, par l'éclat dont il s'entourait : au cours de sa brève carrière, il a proposé à ses contemporains une image brillante et inspirée de la couture.
Entré par nécessité chez un agent de change, à l'issue d'études de commerce, et sentant naître en lui la vocation de la mode, il crée d'abord des chapeaux, puis ouvre un salon de couture en 1937, avec trois ouvrières. Ses robes les plus spectaculaires sont destinées à sa femme, Geneviève, d'une grande beauté, rencontrée en 1939. Jacques Fath adhère au style en faveur : robes et tailleurs stricts et structurés pour le jour, amples toilettes romantiques pour le soir. En 1940, le salon s'établit rue François-Ier, puis, en 1944, avenue Pierre-Ier-de-Serbie. Pendant les années de guerre et d'Occupation, le couturier s'est fait connaître par ses petites robes rustiques, pratiques pour aller à bicyclette.
Après la guerre, Jacques Fath s'impose à la fois comme créateur original (il lance la ligne « chasuble » : épaules accentuées, taille étranglée) et comme gestionnaire extrêmement avisé : il est alors le seul couturier sans commanditaire, sans subvention, sans dette. Sous la marque « Jacques Fath université », il crée des modèles de série, donnant une solution personnelle à la question alors débattue du rapport entre haute couture et prêt-à-porter. À partir de 1948, il se rend deux fois par an à New York pour composer des collections de prêt-à-porter, fabriquées et diffusées par l'Américain Joseph Halpert.
Dépourvu de formation technique, Jacques Fath ne sait ni coudre ni couper, mais il est parfaitement entouré, et son équipe compte des « premières d'atelier » chevronnées, comme Catherine Brivet, venue de chez Balmain. Parmi les créations les plus appréciées de Fath dans les années d'après-guerre, on citera ses tailleurs cintrés, à la coupe à la fois savante et stylisée, et ses robes de ville souvent constituées d'enroulements, de drapés, de fronce […]
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