Universitaire, professeur de droit romain, auteur d'une Histoire des institutions en cinq volumes qui surprit ses pairs mais servit de référence à plusieurs générations d'étudiants en droit, enseignant aussi à l'Institut d'études politiques de Bordeaux, sociologue, Jacques Ellul se situait hors du champ de la spéculation philosophique et ne s'appliquait guère à lui-même la qualité de théologien. Hors les travaux consacrés à la spécialité austère qu'il avait choisi d'enseigner, Jacques Ellul a produit une œuvre considérable — quarante-huit livres, plusieurs centaines d'articles, plus d'un millier peut-être — et, quant au fond, abordé en profondeur les sujets et les domaines les plus divers autour de quelques idées-forces et peut-être même d'une seule ligne directrice qui traverse toute l'œuvre, de La Technique, ou l'Enjeu du siècle en 1954 au Bluff technologique de 1988, de Présence au monde moderne en 1948 à Combats de la liberté paru en 1983. Mais, avant l'œuvre écrite et aux origines de celle-ci, il y eut la rencontre d'un homme, Bernard Charbonneau, un engagement commun dans la mouvance personnaliste, et, pour Jacques Ellul lui-même, la naissance de la foi dont il est permis de penser qu'elle constitue la clé de son œuvre.
Les années 1930 sont pour Ellul des années de fondation pendant lesquelles les relations avec Charbonneau et l'engagement dans le courant personnaliste au sein du groupe de Bordeaux des amis d'Esprit — et aussi les idées du mouvement de l'Ordre nouveau et les analyses de Robert Aron et Arnaud Dandieu — contribuent largement à fixer le cap qui sera maintenu pendant les soixante années suivantes. Mais cette période est aussi celle de la conversion (“massive”, “brutale”, selon ses propres termes) et de l'édification d'une pensée théologique fondée sur une connaissance approfondie de la Bible (d'ailleurs découverte par lui dix années auparavant, à peine au sortir de l'enfance) et fortement influencée par Kierkegaard et Barth.
En 1930, Jacques Ellul e […]
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