Romancier subtil, Jacques Bens fut membre fondateur de l'Oulipo. Ses débuts, avec Valentin et La Plume et l'ange, avaient été remarqués par Raymond Queneau et Boris Vian ; le Collège de Pataphysique signala cet auteur nouveau qui, très pataphysiquement, mêle l'apparence et la réalité. On retiendra particulièrement Sept Jours de liberté (1961), recueil de nouvelles où sept jeunes gens se montrent incapables de profiter d'une liberté dont ils ignoraient le mode d'emploi ; La Trinité (1965), chef-d'œuvre non d'un style mais des styles, au double sens, compagnonnique, du mot chef-d'œuvre et artisanal du mot style, et son étonnante description de la cathédrale de Bourges, quête poétique parfaitement intégrée au déroulement du récit où de chaque pierre se lève une interrogation nouvelle ; Adieu Sidonie (1969), récit aux péripéties tirées d'œuvres antérieures, roman éminemment « culturel » sans qu'à aucun moment la culture ne nuise à la liberté de l'écriture : douze livres, tels les douze signes du Zodiaque, inspirent les douze chapitres, dissimulés tout juste assez peu pour que le lecteur puisse les reconnaître, dans l'ordre chrono […]
