L'influence de Felipe Pedrell, compositeur, historien, musicologue, critique espagnol, d'origine catalane, fut et demeure considérable — à côté de celle de son contemporain Francisco Asenjo-Barbieri (1823-1894) — sur l'entrée de la musique espagnole dans le mouvement esthétique moderne. Son élève, Manuel de Falla, a écrit à son sujet : « Pedrell fut un maître dans toute l'acception du mot : par sa parole et par son exemple, il a montré et ouvert aux musiciens d'Espagne un chemin que l'on croyait déjà fermé sans espoir, au début du siècle dernier, pour la musique nationale. » Wagner avait salué en lui l'artiste qui, seul, avait restitué à son pays une place de premier plan. Ce n'est pas un mince mérite ; mais l'Espagne demeure ingrate envers sa musique.
Enfant de chœur à Tortosa, sa ville natale, il étudia la musique avec Juan Mir ; à la cathédrale, il connut dès son enfance quelques pages de la musique polyphonique de tradition hispanique. Cependant, il est avant tout un autodidacte doué d'une prodigieuse capacité de travail : « Il composa, écrivit, édita, rédigea des catalogues, fouilla les archives, fut chef d'orchestre, académicien, enseigna pendant trente ans au Conservatoire de Madrid et jeta à lui seul les bases de la musicologie espagnole contemporaine » (D. Devoto). Prenant à son compte le principe énoncé par le jésuite Eximeno (xviiie s.) : « C'est sur la base des chansons populaires nationales que chaque peuple doit construire son système musical », Pedrell sut rechercher les traditions dont il avait subi les influences dès son jeune âge, influences populaires paysanne, villageoise (chansons de métier) et prolétarienne à la fois. Il commença de composer à l'âge de quinze ans (musique religieuse) ; il ne quitta sa région natale tarragonaise qu'à dix-huit ans pour visiter la capitale catalane, Barcelone. Le premier opéra national qu'il composa, L'Ultimo Abenzerragio (1874) ignore encore le folklore. Sur la douzaine d'opéras qu'il écrivit, il convient de citer la trilogie Els Pireneus, La Celestina et Ramón Llull, El Conde Arnau, La Matinada. On pe […]
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