Fils d'un concierge allemand exerçant aussi la profession de tailleur, Henri Murger ne put, malgré ses dispositions, poursuivre ses études. Très pauvre, passionné d'art, il va connaître la vie de bohème ; non plus celle des Borel, Gautier, Nerval, Esquiros, riche de réalisations concrètes, mais celle de poètes, musiciens et peintres misérables qui ne parviendront jamais à s'imposer. Cette expérience cependant lui inspire un ouvrage, Scènes de la vie de bohème, d'abord publié en 1848 dans Le Corsaire, et qui obtient un succès triomphal que prolongera une adaptation théâtrale aux Variétés (22 nov. 1849). Plus tard, Puccini en tirera une comédie lyrique. Ce monde de grandes misères et de petites joies, de flambées idéalistes et de navrantes retombées sur terre, est décrit avec un réalisme qui n'exclut ni l'humour, ni la tendresse, ni même le pathétique. Avec ses archétypes d'artistes ratés et de grisettes, Murger impose sa vision de la bohème, phénomène sociologique né avec le romantisme, mais qui se prolongera bien au-delà.
Ses autres œuvres, Le Pays latin, Scènes de la vie de jeunesse (1851), Scènes de campagne (1854), Les Buveurs d'eau (1855), d'inspiration similaire, n'obtiendront jamais la même notoriété.
France CANH-GRUYER
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