L'une des créations les plus fortes de Molière, Harpagon, appartient à cette catégorie de personnages qui sont passés à la postérité.
Molière a trouvé dans Euclion (La Marmite, de Plaute) le modèle de son avare. En l'appelant Harpagon, il lui donne un nom d'injure à l'intention des maîtres rapaces. De scène en scène, détail par détail, avec de plus en plus de relief jusqu'à l'aboutissement du fameux monologue, il dresse son portrait.
Homme de soixante ans avoués, Harpagon est classé au xviie siècle dans la lignée des barbons. Ses habits sont loin de le rajeunir : il est vêtu d'un pourpoint démodé retenu aux chausses par des aiguillettes, moyen plus économique que les rubans ; il porte une collerette, la fraise, qui le fait ressembler aux contemporains d'Henri IV. À ce tableau s'ajoutent des lunettes, signe de décrépitude à son époque. Cette apparence minable est aggravée par une « fluxion » qui lui provoque des quintes de toux. Ce portrait physique annonce le caractère.
Au moral, son état n'est guère plus brillant : atteint d'un virus qui le ronge, celui de l'avarice, il est à la fois ladre et usurier. Ladre, il économise et resquil […]
