Guignol's Band est sans doute la clé permettant d'accéder à l'ensemble de l'œuvre de L.-F. Céline (1894-1961). Celle-ci en effet, bien qu'elle occupe une place majeure dans la littérature contemporaine, n'en reste pas moins très inégalement lue. Si Voyage au bout de la nuit (1932) et Mort à crédit (1936) demeurent des best-sellers, il n'en va pas de même des romans qui ont suivi, comme Guignol's Band, précisément, ou encore D'un château l'autre (1957).
Certes, il existe entre eux bien des différences. Tout d'abord ils ne renvoient pas au même Céline. Les romans des débuts sont associés à l'image du jeune médecin de banlieue qui, en 1932, surgit comme un météore dans le monde des lettres. Les romans de la maturité, à un Céline prématurément vieilli, amoindri par l'épuration et la prison et sentant le soufre. Surtout les premiers entament une révolution du langage et du récit, tout en restant liés à une certaine tradition littéraire et en exprimant des points de vue sur l'homme et la société. Les autres, beaucoup plus radicaux, se soucient moins de développer une intrigue ou de délivrer des messages. Leur but est surtout d'invente […]
