2. La recherche d'un autre monde
« Pippa incarne la beauté avec toute sa force mais aussi avec tout ce qu'elle a d'éphémère. La beauté est symbolisée par le verre et comme lui elle brille, mais un rien suffit pour la briser », a écrit Hauptmann à propos de sa pièce Et Pippa danse ! (Und Pippa tanzt ! 1906). Huhn, qui nous introduit dans le monde du mythe va justement briser Pippa : c'est une espèce de bête en quête de la beauté, mais il n'est sensible qu'à la beauté sensuelle de Pippa.
Quant à l'amour que Michael Hellriegel, adolescent rempli d'espoir, voue à Pippa, idéal de la beauté méditerranéenne, c'est l'éternel élan qui pousse l'Allemagne vers l'Italie, l'amour de Faust pour Hélène, Hauptmann à l'école de Rome. Mais Michael est un idéaliste qui ne peut appréhender la réalité ; Pippa représente son rêve, sa poésie, et ce rêve finit par disparaître, car Michael ne sait pas le retenir : Pippa meurt en même temps que Huhn, l'exalté dionysiaque, mais Michael peut continuer à vivre au-delà de lui-même dans son mythe. Au moment de la mort de Pippa, il devient aveugle sans cesser de voir Pippa. Le vieillard Wann unit Michael avec l'ombre de Pippa, et Michael s'en va, voyant Pippa danser : « Et Pippa danse ! » constate Wann.
Le symbolisme singulièrement éclatant de cette pièce est pour l'auteur la réponse à son sentiment de la détresse du monde, sentiment qu'il éprouve avec une particulière acuité après la Première Guerre mondiale, qui est pour lui synonyme d'effondrement de la conscience morale et religieuse, de chute de la culture européenne. Son passage du naturalisme au symbolisme correspond à une transformation de sa conception du monde qui s'apparente au pessimisme de Wagner.
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