« Bien que nous ayons affaire à un auteur débutant, il est d'un talent prometteur et je ne serais pas étonné qu'il devienne un grand écrivain qui prendra pour sujet la Patagonie, laquelle attend depuis longtemps celui qui chantera la vie intense qu'on y mène. » Ces mots, prononcés par l'écrivain Manuel Rojas, en 1940, remettant un prix littéraire à Coloane, alors inconnu en littérature, furent prémonitoires. « Un Jack London des terres australes » : cette appellation définit bien l'écrivain chilien (prix national de littérature, en 1964), dont l'œuvre exalte dans leur âpre beauté ou leur brutalité sauvage, les paysages et les habitants de l'Archipel de Chiloé, de la région de Magellan et de l'Antarctique chilien.
« Autodidacte de la plume », l'inspiration de Coloane s'inscrit dans un courant néo-réaliste empreint de lyrisme ou de fantastique, dérivé du criollismo, qui eut cours dans la première moitié du xxe siècle, et dont Mariano Latorre (1896-1955) fut, au Chili, le représentant majeur. Coloane s'intéresse à des contrées ou des aspects du territoire national délaissés jusqu'alors par la littérature.
Francisco Coloane Cárdenas est né le 19 juillet 1910 à Quemchi, petit port de la côte orientale de la grande île de Chiloé, dans l'océan Pacifique. Son père, capitaine d'un bateau de cabotage, lui transmet son amour des océans et des géographies marines, qui constituent les éléments essentiels des paysages et des intrigues de ses romans et de ses nouvelles. Il abandonne vite ses études au lycée de Punta Arenas – la ville la plus australe du monde, avec Ushuaia – pour se lancer dans l'aventure. Grâce aux multiples métiers qu'il exerce – éleveur de moutons, contremaître d'estancia, dresseur de chevaux, chasseur de baleines, baroudeur des mers, employé de bureau, dessinateur de cartes marines... –, il va connaître de façon intime les mentalités et les mœurs des peuplades indiennes (Alakaluf ou Kaweskar, Yamena, Ona), dont il sera un ardent défenseur, tout comme il fréquente de près la pop […]
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