Dans ses savoureux Mémoires, parus quelques semaines avant son décès brutal, en novembre 1979, et qu'il a intitulés : Endetté comme une mule, ou la Passion d'éditer, Losfeld parle d'amitié, autant ou plus que de littérature. Cet « aventurier de l'édition », comme il se qualifiait lui-même, aimait la vie aussi passionnément que son métier, mais celui-ci plus que tout le reste.
Il est né à Moscroe (ou Mouscron) en Belgique flamingande, au printemps 1922, « de mère tisserande et de père inconnu », dira-t-il. Dès son adolescence, il dévore tous les livres français qui lui tombent sous la main (au point de désapprendre sa langue maternelle) et découvre la modernité en lisant Histoire d'un Blanc de Philippe Soupault, puis Jarry, lectures qui l'orientent vers le surréalisme. En 1939, il croit se tenir à l'écart de la guerre en optant pour l'armée belge (car il dispose de la double nationalité). Mais la Belgique est envahie, et, au cours de la retraite, le « soldat qui s'ennuyait » se retrouve blessé par erreur d'une balle française aux environs de Nantes : il lui en restera toute sa vie une légère claudication.
Libéré de captivité, Losfeld, sitôt la paix r […]
