Terme formé sur la racine arabe shyh. Il désigne l'homme sur lequel apparaissent les signes de la vieillesse, donc, d'une part celui qui possède sagesse, expérience et auquel on confie, par conséquent, l'autorité, d'autre part celui qui a acquis une vaste science. En tant que détenteur de l'autorité, le chaykh est l'un des éléments de la vie bédouine : la tribu reconnaît à une personnalité éminente et respectable une certaine autorité morale et se soumet à son arbitrage. Mais « la tribu n'accepte l'autorité de ce « vénérable » et celle du conseil qui l'entoure qu'autant que tous se conforment à ces deux codes fondamentaux que sont la coutume et la valeur » (A. Miquel, L'Islam et sa civilisation, Paris, 1968). Une telle conception de l'autorité ne pouvait être adoptée par un État urbanisé et centralisé : « chaykh » n'est pas devenu un titre ni une fonction sous le califat (seuls, certains souverains se réclamant des anciens idéaux arabes se sont proclamés chaykhs), mais il est resté jusqu'à nos jours un terme en usage dans les steppes et les campagnes. Dans la deuxième acception, le titre de chaykh a été donné aux savants éminents : ainsi les deux grands auteurs qui se sont attachés à recueillir les traditions du Prophète ont été nommés « les deux Chaykhs ». Jusqu'à nos jours, le terme est un titre de vénération que, dans l'enseignement islamique traditionnel, les étudiants donnent à leurs maîtres. Dans les milieux populaires, le chaykh était, il y a quelques décennies, une sorte de devin ; « aller trouver le cheikh ou consulter un cheikh signifie simplement s'adresser à un magicien, un sorcier, à un homme qui connaît les choses secrètes et les dévoile à ceux qui s'adressent à sa compétence » (J. A. Jaussen, Coutumes palestiniennes, Naplouse et son district, Paris, 1927). Enfin le titre de Chaykh al-Islām est un titre honorifique porté à partir du xie siècle par certains savants et mystiques et qui devient à l'époque ottomane le titre officiel du mufti d'Istanbul ; celui-ci est nommé et destitué par le sultan et le fait qu'il ait la haute main sur les affaires religieuses et juridiques lui confère un grand prestige qui lui permet de s'immiscer dans les intrigues politiques. À partir de la fin du xviiie siècle, son autorité décroît avec la modernisation progressive des institutions.
Georges BOHAS
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