2. Triomphe du modernisme
Au long du livre la voix de l'âme, alliée au plaisir ludique des rimes sonores ou des rythmes savants, se fait entendre pour dire « l'horreur de se sentir passager, l'horreur d'avancer à tâtons, le cauchemar brutal de ce songe plein de sanglots ». À ces angoisses se joint une incessante aspiration à l'amour.
Dégagé de l'exubérance formelle au profit d'une parole essentielle et de l'idéal d'édification d'une communauté hispanique, Chants de vie et d'espérance n'en prolonge pas moins, par certains traits, l'esthétique du modernisme. D'un ton plus grave que les précédents, ce recueil reflète la mélancolie, ou les désillusions, d'une conscience prise par le mystère de la vie et le vertige du néant. Les recueils ultérieurs (Le Chant errant, 1907 ; Poème de l'Automne et autres poèmes, 1910), où l'inspiration semble se tarir, prolongeront seulement la musique des vers et l'exaltation de la nature américaine. Chants de vie et d'espérance, qui marque la plénitude du génie poétique de Rubén Darío, a ouvert la voie au renouvellement de la poésie, aussi bien en Espagne qu'en Amérique latine.
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