Digne fille de l'éternel conspirateur, du rival velléitaire et malheureux de Richelieu et de Mazarin, Gaston d'Orléans, et de sa première femme, Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier. Deux événements, l'un plus romanesque que l'autre, ont dominé la vie de la Grande Mademoiselle. Le 2 juillet 1652, l'armée royale sous le commandement de Turenne est sur le point de battre celle de Condé, quand elle est décimée par le tir des canons de la Bastille. C'est Mademoiselle qui, dans le même temps, fait ouvrir la porte Saint-Antoine aux débris de l'armée des princes. Si Condé avait eu plus d'esprit politique, s'il avait pu s'entendre avec les parlementaires et avec Gaston d'Orléans et profiter de l'avantage décisif que lui donnait l'occupation de la capitale, la Fronde eût pu prendre une autre tournure. Cet esprit coûte la couronne de France à Mademoiselle : bien qu'elle fût cousine de Louis XIV, Mazarin avait sérieusement pensé à l'unir au jeune roi ; il n'en est plus question. La défaite des rebelles contraint Mademoiselle à se retirer sur sa terre de Saint-Fargeau (de 1652 à 1667). Revenue à la Cour, elle s'éprend à quarante-deux ans du duc de Lauzun, qui, en dépit ou à cause des péripéties dont est entouré ce mariage, s'en lasse fort vite. C'est un beau scandale. Sur le fond, les jugements de ses contemporains ont été fort sévères : il n'est que de lire les passages se rapportant à elle dans les Réflexions de La Rochefoucauld, ou dans les Mémoires du cardinal de Retz, ou, encore dans les Lettres de Madame de Sévigné. Son avarice quasi proverbiale — elle détient pourtant l'une des plus grandes fortunes de France — ne contribue pas à lui gagner beaucoup de sympathies. Elle a cependant, en dehors du panache romantique de la femme de courage et d'action, un assez joli talent d'écrivain. À côté de divers romans, de portraits, elle a laissé des Mémoires qui sont, par endroits, intéressants.
Jean MEYER
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