L'abbé Pierre, de son vrai nom Henri Grouès, voit le jour à Lyon le 5 août 1912. Il est le cinquième d'une famille de huit enfants qu'il qualifie lui-même de bourgeoise. Cette famille nombreuse lui vaudra d'avoir cent vingt-trois neveux et nièces, tous âges, tous degrés et toutes conditions confondus, qui lui demanderont de répondre à leurs questions à l'occasion du cinquantième anniversaire de son ordination de prêtre, à la Pentecôte 1988. Ce qu'il fera. « Les amis à qui j'ai montré ces questions, écrit-il en 1994 dans son Testament, n'ont cessé de me dire : il faut y répondre, ce sont les questions que se posent aujourd'hui tous les gens de bonne volonté. » Les amis de l'abbé Pierre savaient qu'ils visaient juste en faisant référence à tous les gens de bonne volonté. Ceux-là, en effet, ont été la hantise, toute sa vie, de cet homme d'apparence chétive, simple prêtre à la soutane élimée, que la France laïque et républicaine allait placer, des années durant, à la tête de ses « personnalités préférées » et à qui elle a rendu un hommage national le jour de ses obsèques.
Rien, pourtant, ne laissait entrevoir ce qui allait, pendant un demi-siècle, devenir le mythe « abbé Pierre ». Henri Grouès venait, il le dit lui-même, de vivre « la jeunesse turbulente d'un bourgeois » quand, à l'âge de quinze ans, malade, il rentre d'un pèlerinage de collégiens et s'arrête avec eux à Assise. C'est la semaine de Pâques. Le jeune Henri part seul sur un chemin à flanc de montagne « et là, dit-il, deux évidences se sont imposées à moi : l'universalité et l'intensité d'action qu'il y avait dans l'adoration ». Quelque temps plus tard, le soir de leurs noces d'argent, il annonce à ses parents qu'il veut se faire moine cloîtré, dans l'ordre le plus pauvre, celui des Capucins. Il y restera sept ans, priant toutes les nuits de minuit à deux heures du matin. « Cette notion d'adoration, confiera-t-il plus tard, a été là, à Assise, un choc qui a marqué ma vie entière. » C'est dans la prière contemplative […]
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