ZODIAC (D. Fincher)

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L'œuvre maîtresse de l'Américain David Fincher demeurait jusqu'alors Seven (1995), sa seconde réalisation après Alien3 (1992). Venant du film publicitaire et du vidéoclip musical, l'auteur de Zodiac (2007) avait été également initié aux effets spéciaux de pointe chez Lucasfilm, ce qui lui permit de travailler sur Le Retour du Jedi (1983), L'Histoire sans fin (1984) et Indiana Jones et le temple maudit (1984). Le succès de Seven conduisit la critique internationale à remarquer que ce dernier film présentait un point commun avec Alien3 : un même recours à la symbolique des nombres. En effet, le scénario des Alien se développait autour de la théorie des cinq étapes successives de l'agonie selon Elisabeth Kuebler-Ross : choc, déni ; colère ; marchandage ; dépression ; acceptation. Celui de Seven s'articulait autour des sept péchés capitaux. Un dénominateur commun auquel s'ajoutait la récurrence du thème du jeu qui sous-tendait aussi les deux films suivants, The Game (1997) et Fight Club (1999). Pour parfaire la cohérence thématique et faire de Fincher un nouvel auteur, on lui trouva une troisième spécificité dans Panic Room, sa cinquième réalisation (2002) : un goût prononcé pour la mise en scène envoûtante des forces destructrices, exprimé au moyen d'un style où la technique moderne et l'esthétique classique étaient étroitement liées. Si The Game, Fight Club et Panic Room n'étaient pas parvenus à égaler Seven – par défaut d'originalité scénaristique –, Zodiac, en revanche, servi par d'excellents acteurs, en particulier Jake Gyllenhaal (Graysmith), Mark Ruffalo (le policier) et Robert Downey Jr. (le journaliste du San Francisco Chronicle), non seulement y parvient, mais le surpasse.

Inspiré de faits réels qui marquèrent l'enfance du cinéaste, mais aussi des adaptations menées par ses prédécesseurs, Zodiac nous entraîne sur la piste d'un psycho killer qui interpelle la presse de San Francisco en lui adressant des cryptogrammes (signés « Zodiac ») où figure son identité. La police municipale, le FBI, le journaliste spécialisé dans les enquêtes criminelles du San Francisco Chronicle s'attellent à la tâche, de 1969 à 1991, sans qu'aucune preuve suffisante puisse être établie. Seul un fort soupçon planera au-dessus d'un ancien enseignant pédophile, jusqu'à ce que la police classe définitivement l'affaire en 2004.

Les informations précises sur lesquelles repose le scénario de James Vanderbilt (Basic, John McTiernan, 2003) proviennent des 10 000 pages de dossiers consultés, ainsi que des deux best-sellers de Robert Graysmith (Zodiac, 1985 ; Zodiac Unmasked, 2003), le dessinateur du San Francisco Chronicle, personnage timide qui suivit l'enquête d'abord en amateur, puis de manière obsessionnelle et au détriment de sa vie privée, parvenant même à la relancer alors que la police avait baissé les bras. On le voit, les thèmes de la focalisation outrancière et de la déviance sont de nouveau au rendez-vous, tous deux initialement remarqués par le producteur Bradley Fischer, de Phoenix Pictures, qui pensa aussitôt à David Fincher. Celui-ci fut conscient de l'écueil représenté par la similarité de l'intrigue avec celle de Seven, mais sut très vite le contourner en dotant aussi bien le scénario que sa réalisation de données nouvelles.

La narration n'est plus dans les mains de deux policiers seulement. Elle relève tant de la troisième personne (les crimes montrés ou évoqués) que de la première, cette fois à travers plusieurs points de vue alternés ou enchevêtrés, qui constituent un puzzle que devra résoudre le dessinateur Graysmith. Ainsi ce dernier nous conduit-il (vainement) au coupable présumé, permettant au spectateur de participer beaucoup plus au récit que dans Seven. La datation, omniprésente à l'écran (« le 4 septembre 1969 », « 12 heures plus tard »...), nous tient sans relâche tout au long des 156 minutes de la projection (sauf quand la police piétine – ce qui est voulu, puisque le rythme s'accélère de nouveau dès que Graysmith prend les choses en main). Une narration dont l'hyperréalisme chronologique, topographique et factuel est, en outre, sublimé par un regard humaniste très juste, porté par les divers responsables de l'enquête sur leur engagement, aussi aliénant soit-il. Un regard pluriel, donc, qui élargit le champ du sujet et renvoie chacun à sa part de névrose.

Une distance introspective que la mise en scène entretient de bout en bout en imposant sans relâche le principe de la fragmentation du récit, rompant de la sorte la f [...]

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Écrit par :

  • : enseignant-chercheur retraité de l'université de Strasbourg

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Pour citer l’article

Michel CIEUTAT, « ZODIAC (D. Fincher) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/zodiac/