ERLANDER TAGE FRITJOF (1901-1985)

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Premier ministre suédois de 1946 à 1969, Tage Fritjof Erlander est né le 13 juin 1901, dans la province de Vamland, la plus occidentale de la Suède.

Sa famille professait des opinions avancées pour l'époque (libérales). Pendant ses études à l'université de Lund, il s'engagea dans la politique. Membre de l'Association des étudiants sociaux-démocrates, il devint conseiller municipal de Lund en 1931 et député de la chambre basse du Parlement en 1933. C'est également à Lund qu'il épousa Aïna Anderson, qui sut lui apporter un soutien sans faille.

Après ce début de carrière rapide, Erlander semble entrer dans une phase de repliement. Membre du Parlement, avec un passage à la Chambre haute de 1944 à 1948, il se voua surtout à des travaux de commissions où se préparaient les textes de loi. Il travailla dans l'ombre du ministre des Affaires sociales Gustav Möller que l'on donnait volontiers comme futur Premier ministre. Il n'entra au Cabinet qu'en 1945 comme Ecclesiastik Minister, responsable des Affaires religieuses (l'Église en Suède étant rattachée à l'État) et de l'Éducation. En 1946, le Premier ministre P.ƒA. Hansson décéda brutalement, et ce fut avec stupéfaction que le public apprit que le Parti social-démocrate avait désigné T. Erlander pour lui succéder, le préférant à des candidats beaucoup plus connus, en particulier à son ancien protecteur, G. Möller.

On se souvient encore en Suède de la phrase fameuse (et peut-être apocryphe) d'un journaliste : « qui dia-a-a-ble est cet Erlander ? », et on l'appela quelque temps Erlandson, pour marquer à quel point son vrai nom était inconnu. Après avoir conquis la première place, il lui restait donc à se créer une image. Il y parvint en s'identifiant à la Suède, on pourrait presque dire au « Suédois moyen ». Il y réussit si bien qu'il demeura Premier ministre durant vingt-trois ans.

Il eut la chance d'arriver au début d'une phase d'expansion qui devait rendre les réformes beaucoup plus aisées. Erlander apparut ainsi comme l'homme de la prospérité, de la croissance et du « modèle suédois ».

Tout ne lui fut cependant pas facile. Dès le début de son ministère, le projet de communauté nordique de défense, dans lequel il voyait le commencement d'une coopération étroite entre les pays scandinaves, échoua en raison de l'incompatibilité entre la neutralité suédoise et le désir des Danois et des Norvégiens de se rattacher à une organisation plus solide, l'O.T.A.N.

Il eut parfois des majorités précaires, le plus souvent pas de majorité du tout, ce qui l'obligea au compromis, auquel sa nature ne répugnait pas. Il eut souvent le soutien des communistes avec lesquels il ne négocia jamais. Il trouva à l'Assemblée un adversaire de taille en la personne de l'économiste Bertil Ohlin, chef du Parti libéral. Ohlin était plus brillant, mais Erlander trouva son style de réplique. Sa compétence pratique équilibrait la compétence scientifique de son adversaire. Il s'entendait par contre fort bien avec le chef du Parti agrarien G. Hedlund, ce qui facilita la conclusion d'une entente entre socialistes et agrariens, la coalition rouge-verte, appelée par ses adversaires Kohandel (« maquignonnage »), qui permit à T. Erlander de gouverner sans problèmes de 1951 à 1957. Son plus difficile combat fut sans doute celui qu'il dut mener pour faire adopter le système de pensions de retraites complémentaires proposé par le Parti social-démocrate, où il l'emporta à l'Assemblée par une voix de majorité. Mais la coalition rouge-verte n'y résista pas. Une évolution moins spectaculaire affecta, pendant l'ère Erlander, le style du gouvernement suédois : la croissance de l'administration et du pouvoir administratif. La multiplication des lois et des règlements enserra peu à peu tous les aspects de la vie suédoise. Enfin, Erlander parvint à conclure un compromis avec les autres partis portant sur une réforme constitutionnelle qui instituait en particulier un système monocaméral, mais qui ne devait entrer en vigueur qu'en 1971. Il acheva son temps de Premier ministre sur un réel succès : aux élections de 1968, pour la première fois depuis la fin de la guerre, le Parti social-démocrate obtint une véritable majorité à l'Assemblée, avec 50,1 p. 100 des voix. Ayant atteint l'âge de la retraite, T. Erlander se retira volontairement en 1969, après avoir désigné son successeur, Olof Palme.

Après sa retraite, Tage Erlander continua à participer à la vie politiq [...]

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  • : professeur à l'université de Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Jean PARENT, « ERLANDER TAGE FRITJOF - (1901-1985) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 juin 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/tage-fritjof-erlander/