CISSÉ SOULEYMANE (1940-2025)

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Le réalisateur malien Souleymane Cissé a donné, dans les années 1980, une nouvelle dimension au cinéma africain, à la suite de l’écrivain et réalisateur sénégalais Ousmane Sembène qui l’avait fait connaître sur la scène internationale dans les années 1970. En 1987, Yeelen (La Lumière) remporte le prix spécial du jury du festival de Cannes. Auparavant, en 1983, le metteur en scène a été membre du jury de ce même festival. Ses films Baara et Finye ont remporté tous les grands prix du continent africain entre 1979 et 1983, à Tunis et à Ouagadougou.

Né à Bamako (Mali auj.), le 21 avril 1940, Souleymane Cissé suit des études secondaires à Dakar. Attiré par le cinéma, il est embauché comme projectionniste à Bamako et, de ce poste privilégié, voit toutes les actualités filmées de l'époque, dont l'arrestation de Patrice Lumumba qui va le marquer profondément. Il s'essaie à la réalisation de documentaires : L'Homme et les Idoles (1965), Sources d'inspirations (1968), sur un peintre malien ; L'aspirant, sur la dualité entre médecine traditionnelle et médecine moderne.

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Il obtient une bourse d'études de l'URSS et va intégrer l’Institut national de la cinématographie de Moscou (VGIK), dont il sort diplômé en 1969. De retour dans son pays, il entre comme réalisateur des actualités et documentaires à la Scinfoma, l'organisme cinématographique du ministère de l'information du Mali. En 1971, il réalise son premier moyen-métrage, Cinq Jours d'une vie, qui prend pour thème les mésaventures d'un jeune paysan en butte aux lois de la ville. En 1975, Cissé se lance dans le long-métrage avec Den Muso (LaJeune Fille), qui évoque le problème des filles-mères et de la reconnaissance de paternité : le film passe quelque peu inaperçu. En 1978, il réalise Baara, seule œuvre du cinéma africain sur le monde du travail et de l'industrie. En 1982, Finye (Le Vent) remporte deux grands prix, celui du Fespaco et celui du festival de Carthage. Ce film s'attaque aux ravages de la drogue chez les jeunes, à la corruption, et dépeint la révolte des étudiants contre la dictature militaire. En 1984, Cissé entreprend le tournage de Yeelen, qu'il mettra trois ans à achever. Yeelen est un conte épique sur l'initiation du Komo : la rivalité entre un père et son fils dans la pratique de l'art initiatique conduit ce dernier, sur les conseils de sa mère, à s'éloigner. Son errance sera comme une seconde initiation, qui lui conférera de nouveaux pouvoirs. L'affrontement entre le père et le fils, né d'une transmission empêchée, la connaissance enfin acquise créent cette lumière qui donne au film sa force plastique. La somptueuse mise en scène et les images sublimes des paysages et des décors, qui plongent le spectateur dans une Afrique mythique, font du film un chef-d'œuvre qui connaîtra un succès international.

Contrairement à la jeune génération des cinéastes africains qui produisent les œuvres dans la précipitation, Cissé prend le temps de laisser mûrir ses créations, n'épousant aucun schéma classique de la production pour ne pas tomber dans les contraintes de temps et d'argent propres à l'industrie occidentale du cinéma. Après avoir rencontré de nombreuses difficultés, Cissé a pu réaliser Waati (Le Temps, 1995), autre chant d'amour à l'Afrique, qui croise l'itinéraire d'une jeune fille et l'Afrique du Sud de l'apartheid, et Min (2009), qui aborde le thème de la polygamie dans la société malienne. Mêlant documentaire et fiction, O Ka (Notre Maison, 2015) revient sur l’histoire de sa propre famille. En 2023, il reçoit le prix du carrosse d’or, décerné par la Quinzaine des cinéastes, « pour les qualités novatrices de ses films, pour son courage et son intransigeance dans la mise en scène et la production[...]

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