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BOULGAKOV SERGE (1871-1945)

Serge Boulgakov est un des représentants les plus marquants de la philosophie religieuse russe au xxe siècle. Avec D. Merejkovski, S. et E. Troubetskoï, N. Berdiaev, L. Karsavine, P. Florenski, il fait partie de ce groupe de penseurs chrétiens qui, entre 1900 et 1910, a subi fortement l'influence de V. Soloviev.

Le terme de sophiologie, qui caractérise la pensée de ces auteurs, est plus commode qu'adéquat, car il recouvre un ensemble de thèmes très différents, même si ceux-ci présentent des liens. Plutôt qu'un système unifié, il désigne une inspiration commune, fondée sur l'idée de la sagesse à l'œuvre dans la création. Les théories sophiologiques plongent tout à la fois dans la philosophie de la nature, dans la philosophie de l'homme et dans la philosophie religieuse. Mais, tandis que la sophiologie philosophique de Soloviev empruntait ses catégories à J. Boehme, au romantisme allemand et à Schelling, celle de Boulgakov se veut théologique et dogmatique et cherche ses racines dans la tradition de l'Église gréco-russe.

Ce qui est neuf aussi, c'est qu'elle s'est présentée peu à peu comme une réinterprétation des dogmes. Aussi a-t-elle été, entre 1925 et 1935, la source de nombreuses controverses. Elle est une vision personnelle, une gnose, plutôt que l'expression de la doctrine officielle. L'immense culture de l'auteur et ses nombreuses intuitions lui assurent néanmoins une importance de premier plan parmi les théologiens contemporains.

Du marxisme à la théologie

Serge Boulgakov est né dans la famille d'un prêtre à Livny (province d'Orel). Il quitta le séminaire pour se consacrer à l'étude des questions sociales et économiques. Devenu socialiste, il s'efforça d'appliquer les principes de Marx à l'économie agricole. En 1898, il publia son premier livre, Capitalisme et agriculture, ouvrage d'une grande rigueur, qui déjà s'éloigne de la doctrine marxiste. Il constate le caractère insuffisamment précis et élaboré de celle-ci sur les problèmes du monde agricole. Boulgakov ne renie pas pour autant le marxisme et continue ses recherches d'économie politique, en même temps qu'il enseigne aux universités de Kiev et Moscou. Il se tourne peu à peu vers la philosophie et publie, en 1901, Le Drame intérieur de Herzen, puis, en 1903, après la découverte de Soloviev, un important journal philosophique, Du marxisme à l'idéalisme, dans lequel il déclare adhérer à la foi chrétienne. Entre 1906 et 1912, il fait paraître plusieurs ouvrages importants de philosophie. Surtout La Philosophie de l'économie et La Tragédie de la philosophie (publiées à Darmstadt, en 1927, en allemand). À partir de 1906, il collabore avec N. Berdiaev à la revue Problèmes de vie, anime les éditions Put' (La Voie), et siège à la deuxième Douma dans les rangs du Parti démocrate constitutionnel.

Lors de la révolution de février, Boulgakov réfléchit sur les problèmes de l'Église, participe au concile russe de 1917. En 1918, il est ordonné prêtre. Mais, à cause de sa célébrité, son ministère est bientôt rendu difficile, et il part pour Yalta. Chassé de Russie en 1923, il séjourne à Constantinople, à Prague, puis à Paris, où il fonde l'Institut de théologie orthodoxe (1925).

Les principales œuvres de cette seconde période sont : Lumière sans crépuscule (1917), Pensées tranquilles (1918), La Philosophie du nom (1919), L'Échelle de Jacob (1929), L'Icône et le culte des icônes (1930), Du Verbe incarné (1933), Le Paraclet (1936), L'Anthropologie chrétienne (1937), L'Orthodoxie (1936), L'Épouse de l'Agneau (1945). Une représentation de sa pensée a paru en anglais sous le titre The Wisdom of God (La Sagesse de Dieu, Londres, 1937).

Le thème de la sagesse divine, qui est au centre de la pensée de Boulgakov,[...]

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Écrit par

  • : directeur du Centre d'études Istina et de la revue Istina

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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