RIST PIPILOTTI (1962- )

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La vidéaste suisse Pipilotti Rist est née en 1962 à Rheintal dans le canton de Saint-Gall. Après des études à l'Institut des Arts appliqués de Vienne, elle s'inscrit à l'École de Design de Bâle. En quelques années elle acquiert une maîtrise stupéfiante des images qu'elle travaille longuement, de la prise de vue à la table de montage et à l'ordinateur. Manipulant les potentialités de la vidéo Pipilotti Rist lui insuffle des effets cinématographiques. Allègrement audacieuse, elle utilise les « défauts » de l'image, le brouillage, le flou, les renversements, leur flot paroxystique, le rythme, les plans rapides, les couleurs, les sons, la musique (Pipilotti Rist est également musicienne et collabore vers le milieu des années 1990 avec le groupe Les Reines Prochaines). Elle obtient ainsi une profusion de stimuli visuels et auditifs qui engagent le spectateur dans une expérience individuée du corps et dans un processus d'identification.

« Depuis des années, mon propos est de considérer, sous plusieurs angles, ce qui fait la différence entre les sexes, car je suis persuadée que la manière dont chaque être humain vit son identité sexuelle détermine l'évolution de la subjectivité de l'individu et constitue la base de son comportement social et politique. » Pipilotti Rist n'est pas du genre à porter haut la bannière militante du féminisme. Mais elle aborde la question de l'identité par la présence du corps physique de la femme (le sien), de ses attributions sociales traditionnelles en remontant jusqu'à l'enfance d'une petite fille. Présentée lors d'une de ses premières expositions en 1992, Eindrücke verdauen (Digérer les impressions) est une œuvre qui, au regard de ses installations récentes plus complexes, demeure, dans sa simplicité même, d'une densité remarquable : un maillot de bain féminin d'une seule pièce est suspendu à deux crochets fixés au plafond, à l'intérieur duquel est placé un moniteur rond qui diffuse sur le ventre-écran l'avancée de la caméra dans le tube digestif.

La mise en scène du corps (féminin) et de ses perceptions spécifiques, ancrage thématique du travail de Pipilotti Rist, renvoie à d'autres artistes, les Autrichiennes Maria Lassnig, Friederike Pezold et Valie Export. Si les références se croisent et s'entremêlent, Pipilotti Rist a un langage d'images qui lui est totalement personnel : un monde perturbateur, une effervescence tumultueuse, une esthétique sonore et musicale. Elle joue des potentialités du corps jusqu'à l'essoufflement, et de la vitalité des images jusqu'à la frénésie comme lorsqu'elle dansait avec Les Reines Prochaines. Pour elle, aucun tabou n'entoure le corps féminin et sa caméra tente de fixer sensuellement le flot des images. Menstruation, corps lunaire baigné dans la nature [Blutraum (Espace sang), 1993-1994] ; jeune fille se trémoussant sur un rythme de rock'n'roll en récitant comme une litanie, Happiness is a Warm Gun, un refrain de John Lennon (I'M Not the Girl Who Misses Much, 1986 ) ; érotisme et sensualité qui se diluent dans une corolle de fleurs [Pickelporno (Porno de bouton), 1992] ; passage voluptueux dans l'eau d'un corps en pleine possession de ses désirs (Sip My Ocean, 1996) ; insouciante et aérienne démarche d'une jeune femme, qui brise dans la douceur du ralenti les vitres des voitures garées le long d'un trottoir avec une étrange fleur (Ever is Over All, 1997). Mais, chez Pipilotti Rist, la joie est proche de l'angoisse, les sentiments se côtoient et nous rappellent que la quête de l'identité ne va pas sans souffrance cachée. La voici dans le flamboiement rouge, jaune et noir qui éclaire un minuscule écran fiché dans les lattes de bois d'un parquet [Selbstlos im Lavabad (Extase dans un bain de lave), 1994] ; nue, elle gesticule les bras levés, elle appelle à l'aide, impuissante comme l'est le spectateur poursuivi par cette petite voix fragile.

L'art de Pipilotti Rist tient aussi à sa capacité de concevoir et de contrôler ses installations dans les moindres détails. Pour elle, une installation n'est pas une simple organisation de l'espace ; chaque élément doit être un inducteur, un catalyseur des sentiments et des émotions ; il provoque un morcellement de la narration, il encourage l'imagination, la rêverie, les associations psychiques propres à chacun et favorise un sentiment d'incertitude face au réel. Un salon surdimensionné dans lequel on se sent, en grimpant sur le canapé, comme Alice au pays des merveilles, pour choisir un programme de vidéo projeté sur un écran de taille normale... [Das Zimmer (La chambre), 1994]. L'éclatement parfaitement maîtrisé d'un flot d'images dans Remake of the Weekend, 1998, présentée en 1999 au musée d'Art moderne de la Ville de Paris, une magistrale installation composée de plusieurs vidéos, qui plonge le spectateur dans l'univers d'un appartement occupé par une locataire fictive, Himalaya Goldstein. Là, tout est vulnérabilité. On traverse les différentes pièces de l'appartement comme dans un rêve éveillé qui propose une aventure visuelle et auditive. Monde paradisiaque d'une société de loisirs qui s'évanouit comme une chimère. Après qu'il a présenté ses installations à la biennale de Venise en 2005, une rétrospective lui est consacrée au musée d'Art contemporain de Houston (2007) et une exposition au Magasin 3 du musée de Stockholm (2007).

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Écrit par :

  • : historienne de l'art, conservateur au musée d'Art moderne et contemporain, Genève

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Pour citer l’article

Françoise NINGHETTO, « RIST PIPILOTTI (1962- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pipilotti-rist/