NÁDAS PÉTER (1942- )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Né en 1942 à Budapest où il travaille d'abord comme journaliste et photographe, l'écrivain hongrois Péter Nádas est souvent comparé à Proust, Mann ou Musil. Son œuvre, où l'humanisme et la tolérance ont une part importante, a entre autres reçu le prix du meilleur livre étranger (1998) et le prix Franz Kafka (2003). Nádas appartient à la génération de la dictature stalinienne et de l'oppression qui a suivi la révolution de 1956. Ses textes, fréquemment autobiographiques, explorent cette zone très particulière de la sensibilité où se nouent l'une à l'autre sensualité et politique. Les protagonistes – souvent des enfants ou des adolescents – expriment la souffrance d'être à la merci d'un totalitarisme qui les menace aussi de l'intérieur.

La Fin d'un roman de famille, écrit entre 1969 et 1972, mais seulement publié en 1977 (trad. franç. 1991) à cause de la censure, ne raconte pas seulement l'effondrement d'une vieille famille judéo-chrétienne, mais déconstruit dès son titre le genre du roman. Raconté à la première personne et présenté comme le monologue intérieur d'un garçon de dix ans, le récit juxtapose sans chronologie linéaire des éléments réels et fictifs provenant de l'histoire contemporaine, de jeux d'enfant, de contes et de mythes, qui renvoient aussi bien au temps du grand-père juif, qu'à celui du père bourreau, ou encore à celui qu'a connu le fils, finalement enfermé à l'orphelinat, autre avatar du totalitarisme politique. Omniprésent, le danger est aussi transposé dans la langue. Significativement le dernier mot du roman – « NON » – proclame la résistance à l'oppression.

En 1986, Nádas publie Le Livre des mémoires (trad. franç. 1998), traversée personnelle d'un xxe siècle marqué par les idéologies. Il y présente les mêmes événements vus à travers les perspectives différentes que construisent les voix narratives de trois personnages. Sur les souvenirs familiaux et politiques se greffe la découverte du corps. La laconique juxtaposition des détails narratifs expose des faits dont il appartient au lecteur de reconstituer la cruauté.

Minotaure, recueil d'histoires courtes rédigées dans les années 1960 et 1970 et seulement publié en 1997 (trad. franç. 1996), décrit avec une grande acuité la peur et l'horreur de soi, dès lors que l'on méconnaît ses propres limites. Empruntant aux techniques du Nouveau Roman, l'auteur se plaît à briser les règles narratives, à développer des figures prophétiques pour décrire le pouvoir aussi bien des sentiments refoulés que de la politique oppressive, qui pénètre les sphères les plus intimes et empêche la construction d'une existence à la fois solidaire et autonome. Les anti-héros de ces nouvelles sont des adolescents qui se montrent incertains face à la vie et à leur corps. Une narrativité obsolète fait d'eux les dépositaires de l'innocence perdue.

Les pièces de théâtre de Péter Nádas témoignent également de cet isolement de l'être humain, et de l'imbrication entre vie publique et vie privée. Ménage (1977, trad. franç. 1996) est une parodie d'un ordre parfait qui, ne tolérant aucun grain de poussière ou tache de sang, finit par interdire le moindre rêve et par conduire à la prison mentale. La pièce est construite comme un opéra, où arias, duos et trios alternent sans qu'une véritable communication ait lieu.

Rencontre. Tragédie sans entracte (1984, trad. franç. 1990) s'oppose à l'oubli, une des formes que peut revêtir le mensonge de l'histoire. Une femme mûre, Marie, fait la connaissance d'un jeune homme qui se révèle être le fils de son ancien amant, magistrat du régime qui était aussi son bourreau. Le jeune homme veut ignorer l'histoire de son père. Cependant, enfermés dans un espace clos de souvenirs, les deux personnages parviennent à une réconciliation au moyen d'allusions rituelles. Le théâtre de Nádas dénonce les pressions de la société, la violence et les vulnérabilités face au pouvoir, qui viennent blesser l'être au plus secret de soi. Par sa structure musicale et sa tension poétique, il se fait « théâtre intime de l'âme » et dépasse son contexte politico-historique spécifique.

Un thème qui traverse tous les textes de Nádas est celui de l'amour, étroitement lié à celui de la politique. Dans son roman Amour (1979, trad. franç. 2000) et son essai De l'amour céleste et terrestre (1989), l'écrivain évoque le sentiment amoureux en recourant à un langage d'une austérité surprenante. Pour l'auteur, les civilisations occidentales ont réduit l'ars erotica à une scientia sexualis. L'éros de [...]

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 3 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  NÁDAS PÉTER (1942- )  » est également traité dans :

HONGRIE

  • Écrit par 
  • Jean BÉRENGER, 
  • Lorant CZIGANY, 
  • Albert GYERGYAI, 
  • Pierre KENDE, 
  • Edith LHOMEL, 
  • Marie-Claude MAUREL, 
  • Fridrun RINNER
  • , Universalis
  •  • 32 158 mots
  •  • 19 médias

Dans le chapitre « Une langue nouvelle »  : […] À partir des années 1980 beaucoup d'écrivains hongrois – inspirés par l'écriture incisive et résolument moderne de Petér Hajnóczy (1942-1981) et de Miklos Mészöly – se distinguent par une utilisation particulière de la langue pour exprimer le temps présent et occupent de la sorte une place primordiale dans la littérature postmoderne. László Krasnahorkaj (né en 1954) évoque dans son roman Tango de […] Lire la suite

Pour citer l’article

Fridrun RINNER, « NÁDAS PÉTER (1942- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/peter-nadas/