PACHINKO

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Faux flipper, vraie machine à sous, le pachinko est un automate de jeu fort populaire au Japon où quelque dix-huit mille salles abritent près de cinq millions de machines. Le principe du jeu est simple : une poignée de billes est projetée dans une sorte d'armoire vitrée dont la paroi verticale est munie d'une spirale et de picots qui dévient la trajectoire des billes. Certaines d'entre elles pénètrent ainsi dans des logements dont certains font gagner au joueur un supplément de billes. On voit par là ce qui rattache le pachinko aux cascades et tivolis chers aux Européens du début du xxe siècle. Aujourd'hui, il est vrai, la spirale a cédé le pas à un écran à trois rouleaux : si les billes continuent d'être l'élément déclencheur, l'appareil se rapproche insidieusement des automates de jeu à levier latéral type « bandit manchot ».

Pourtant, les jeux de hasard sont strictement prohibés au Japon. C'est pourquoi les machines de pachinko – un mot d'origine onomatopéique – ne distribuent rien d'autre que des billes. Celles-ci, échangées à la caisse, permettent d'obtenir des colifichets et des cadeaux particulièrement utiles : ours en peluche, cigarettes, pierres à briquet, etc. Mais la société japonaise a ses astuces, et la loi n'interdit pas formellement d'échanger ces cadeaux contre des espèces sonnantes et trébuchantes dans des boutiques spécialisées, théoriquement non liées aux salles de jeu. Ce commerce relève toutefois d'une zone interlope, souvent contrôlée par la pègre.

Dans son souci de moraliser ce gigantesque marché – il aurait représenté en 1994 l'équivalent de quelque 162 milliards d'euros ! – le gouvernement japonais, à qui cette industrie ne rapporte rien de plus que l'impôt sur les sociétés, a encouragé l'introduction de cartes prépayées qui évitent les maniements d'espèces et renseignent les parties – joueurs, exploitants, fisc – sur les performances des machines. Mais certains voudraient pousser un peu plus loin la légalisation du jeu en faisant accepter le principe de paiements directs. Ce système aurait le mérite de la franchise et permettrait sûrement une plus grande honnêteté, car la semi-légalité du pachinko l'environne de toutes sortes de fraudes, fiscales, techniques, commerciales ; mais cela entraînerait la disparition des boutiques d'échange qui tirent de ce commerce des marges lucratives et assez incontrôlables.

Le marché du pachinko, qui s'est beaucoup développé à partir des années 1980 avec l'introduction de l'électronique et de l'informatique, fait vivre quatre catégories d'acteurs : les fabricants de machines (Sankyo, Heiwa, Daiichi, Daikoku Denki, etc.) ; les exploitants de salles, dont certains sont devenus des géants (Maruhan, avec sa tour MPT [Maruhan Pachinko Tower] à Tōkyō, P-ARK, Dynam, etc.) ; les fabricants de systèmes CR (card reading) à prépaiement par carte, qui sont souvent des filiales de grands groupes – tels Mars Engineering, Nippon Leisure Card System (Mitsubishi et NTT), Nippon Game Card (Sumitomo), Nihon Advanced Card System (Mitsui), Nihon Amusement System (Marubeni et Itochu) – ; enfin, les boutiques d'échange des lots.

Le pachinko est cependant un jeu très japonais qui n'a pour le moment guère conquis que quelques amateurs américains auprès desquels, et selon la législation propre à chaque État, des distributeurs spécialisés tentent de promouvoir l'attrait de ces machines fort bruyantes. Mais il n'y a pas d'exploitation à grande échelle comme au Japon.

Les origines du pachinko se situent pourtant hors du Japon. Selon les uns, le jeu viendrait des États-Unis, d'où la firme Osaka Trading Company importait vers 1920 des sortes de billards bagatelles appelés « Corinthian Games » à cause de leur décor. Ces appareils étaient, semble-t-il, fabriqués à Chicago. Devenues « Korinto Gemu », les machines furent placées, à l'intention des enfants, dans des magasins de confiserie. Le bruit très caractéristique des billes heurtant les picots les firent surnommer pachi-pachi. Pour gagner de la place, un fabricant japonais eut l'idée vers 1926 de relever le plateau et de le mettre à la verticale. Le nouveau modèle fut baptisé gachinko. Les adultes avaient entre-temps adopté ces machines avec lesquelles on pouvait gagner de menus cadeaux. Des salles de gachinko s'ouvrirent un peu partout. Puis pachi-pachi et gachinko furent combinés pour former pachinko. Après la Seconde Guerre mondiale, les salles de pachinko se multiplièrent. La situation du jeu par rapport à la loi ne fut jamais clarifiée, de sorte que la pègre japonaise en a fait son domaine privilégié, se réservant notamment le contrôle de certaines salles et plus encore des boutiques d'échange. Le véritable essor du jeu date cependant des années 1980 quand les machines, devenues de plus en plus sophistiquées, furent massivement converties à l'électronique. C'est l'époque aussi où les fabricants introduisirent un jackpot (appelé en japonais fever « fièvre ») et les trois rouleaux empruntés aux machines à levier américaines.

Selon d'autres sources, le vrai berceau du pachinko serait l'Europe : on fait valoir que le jeu japonais est directement issu des cascades ou tivolis et plus probablement de la spirale à bille imaginée en 1907 par la firme française Bussoz. Il suffisait de multiplier les billes. De fait, les premiers pachinkos japonais ressemblent étonnamment aux appareils européens des années 1900-1910.

Mais tous les auteurs s'accordent pour situer vers 1920 l'émergence des premières machines au Japon. Après la guerre, Nagoya devint le principal centre de cette industrie naissante. C'est là que Takeichi Masamura, exploitant de flippers, se mit à fabriquer des machines dans lesquelles il eut l'idée de placer les picots selon un arrangement particulier – le gabarit Masamura – adopté par tous depuis lors. Un musée du Pachinko honore sa mémoire à Nagoya.

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Écrit par :

  • : licencié ès lettres, ingénieur du Conservatoire national des arts et métiers, historien du jeu

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Thierry DEPAULIS, « PACHINKO », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 01 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/pachinko/