MONOPOLY

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Parmi les jeux de réflexion, le Monopoly représente sans conteste l'archétype d'une réussite commerciale qui le place aujourd'hui parmi les grands classiques. Inventé par l'Américain Charles B. Darrow en 1929, proposé par deux fois en vain à la firme (américaine) Parker Brothers qui le jugeait injouable, puis finalement acquis par cet éditeur en 1935, le Monopoly doit sa popularité à la fois à ses qualités ludiques et à un marketing habile.

L'inventeur du Monopoly

Photographie : L'inventeur du Monopoly

L'Américain Charles B. Darrow, inventeur en 1929 du Monopoly. 

Crédits : Bettman/ Getty Images

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Le Monopoly appartient à la famille des jeux de parcours : chaque joueur possède un pion de couleur qu'il fait circuler au gré de deux dés sur un circuit de forme carrée comportant quarante cases. Mais ici, il n'y a pas de but : le circuit est en boucle. Le Monopoly repose sur une métaphore immobilière : les cases sont autant de terrains où les joueurs peuvent construire des immeubles, exploiter des gares ou des services publics. Une fois ces éléments acquis, on peut les louer ou les revendre. De deux à six personnes peuvent jouer, mais l'une d'elles doit en plus tenir la banque qui détient les actifs et les fonds à distribuer au cours du jeu. Achats, loyers et ventes exigent de l'argent : celui-ci, représenté par des billets de banque simplifiés, est une des innovations du Monopoly. Chaque joueur dispose au départ d'une certaine somme qu'il lui appartient de faire fructifier, mais qu'il peut perdre dans des opérations malheureuses. Quand un joueur n'a plus d'argent, il est éliminé. Le but du jeu est de devenir le plus riche et d'acculer tous ses adversaires à la faillite. Ce processus peut se révéler particulièrement long – c'est une des faiblesses mais aussi un des charmes du Monopoly.

Les joueurs peuvent acquérir, sous certaines conditions, des maisons et des hôtels représentés par des figurines respectivement vertes et rouges, puis exiger de leurs adversaires un loyer à chaque passage. Certaines cases obligent le joueur à tirer une carte « chance », d'autres, une carte « caisse de communauté ». Celle-ci livre des instructions heureuses ou néfastes. Faillites, hypothèques, ventes aux enchères et même prison sont prévues.

Si le Monopoly est un enfant de la grande crise, et rappelle à tous que l'immobilier est un marché où tous les coups sont permis, il avait été précédé par d'autres créations. Il a fallu un procès pour que l'on découvre un jeu presque identique, breveté en 1904 par Lizzie J. Magie sous le nom de The Landlord's Game. L'intention n'était sans doute pas la même : l'auteur appartenait à la secte des Quakers et entendait démontrer les méfaits de la spéculation immobilière. On ne saura jamais si Darrow s'en est inspiré en l'améliorant ou s'il l'a réinventé ; seule différence, le jeu de 1904 n'avait ni maisons ni hôtels.

Le Monopoly tire sa force d'un savant mélange de simplicité et de ruse réglementée, offrant aux joueurs l'occasion de simuler la vie réelle tout en laissant sa part au hasard. Il forme comme un condensé du système capitaliste, avec ses accidents et ses réussites individuelles. Cette indélébile marque idéologique a fait son succès, même là où le capitalisme était vilipendé. Imitations, versions détournées – Anti-Monopoly (I et II), Prolopoly, Petropolis, Automonopoly, etc. – et caricatures n'ont en rien ébranlé les positions du jeu original que son éditeur eut l'idée d'adapter immédiatement au « folklore » immobilier des principaux pays occidentaux : aux États-Unis, le jeu se déroule à Atlantic City, en France, à Paris, en Allemagne, à Berlin, etc.

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Écrit par :

  • : licencié ès lettres, ingénieur du Conservatoire national des arts et métiers, historien du jeu

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Pour citer l’article

Thierry DEPAULIS, « MONOPOLY », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/monopoly/