GUÉRIN MAURICE DE (1810-1839)

Issu d'une famille de vieille souche languedocienne, Maurice de Guérin naquit près de Gaillac, au château du Cayla où il passa sa petite enfance. La vie à la campagne influe de façon décisive sur la nature de son inspiration poétique et sur sa sensibilité extraordinairement réceptive. La timidité, la passivité, l'irrésolution de son caractère subissent l'heureuse influence de la forte personnalité de sa sœur Eugénie, dont la tendresse et l'autorité remplacent celles d'une mère disparue très tôt et lui seront précieuses sa vie durant. Des études brillantes et très remarquées au petit séminaire de Toulouse, puis à Paris au collège Stanislas lui ouvrent les portes de la petite congrégation de Lamennais en Bretagne, à la Chênaie. Avant que ce dernier ne rompe définitivement avec les autorités ecclésiastiques, Guérin y passera neuf mois consacrés à l'étude et à la méditation spirituelle.

La parenthèse bretonne, prolongée par un séjour de trois mois, aura du moins renouvelé sous d'autres cieux et précisé une expérience de fusion avec la nature dont le caractère mystique se révèle de plus en plus difficile à concilier avec l'orthodoxie des dogmes chrétiens. Rompant avec ses habitudes et ses goûts ordinaires, Maurice de Guérin mène ensuite à Paris cinq années de vie brillante mondaine ; mais atteint d'un mal incurable, il revient au Cayla peu de temps après son mariage avec la jeune Caroline de Gervain, retrouvant, aux approches de la mort, la ferveur passée de ses sentiments religieux.

Son œuvre publiée après sa mort se compose d'un Journal 1832-oct. 1835), d'une Correspondance, témoignages de son itinéraire intérieur et des moments privilégiés où il s'abandonne à son sentiment de la nature, et de poèmes, où il donne à l'alexandrin une allure originale de prose qui lui semble plus apte à traduire l'exactitude de ses impressions et à en donner l'équivalent poétique. La plus célèbre de ses pièces reste un poème en prose, Le Centaure, admirable chant de fusion panthéiste avec les forces primitives de la Terre.

—  France CANH-GRUYER

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Dans le chapitre «  Vers un universalisme chrétien : le cénacle de La Chênaie »  : […] Le mouvement humaniste n'était certes pas majoritaire dans le pays ni dans l'Université du xvi e  siècle, mais il représentait une minorité active, soutenue par le roi et la cour. Il s'agissait d'un foyer de culture privilégié, alors qu'il arrive souvent que les contours soient moins nets, l'institution plus précaire. Le cénacle de La Chênaie est marqué dès le début par le sentiment d'appartenir à […] Lire la suite

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France CANH-GRUYER, « GUÉRIN MAURICE DE - (1810-1839) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 31 mai 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/maurice-de-guerin/