MARELLE

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On pourrait aussi bien parler de « marelles », car il existe aujourd'hui en français deux jeux de ce nom. Le premier et le plus connu consiste à tracer sur le sol un diagramme, fait de secteurs assez grands, que l'on parcourt en sautillant et en poussant du pied un palet. Ce jeu d'adresse est pratiqué par les enfants du monde entier. À cette marelle à cloche-pied s'oppose une marelle « à main » ou « assise », qui est un jeu de pions de la famille des jeux d'alignement.

Le terme marelle vient d'un radical préroman *marr, qui signifie « caillou », « palet », petit objet rond que l'on pousse de place en place. Avant de désigner en français le jeu d'adresse décrit plus haut, le mot marelle (ou mérelle) a servi à nommer un jeu de pions, ou plutôt une famille de jeux de pions, dont le tablier était nommé marellier ou merellier. Le plus simple de la famille, appelé morpion ou « marelle de trois », n'est qu'un carré où se croisent deux diagonales et deux médianes. Le principe du jeu, connu de tous, consiste à aligner trois pions ; le premier qui réalise cet alignement a gagné. Un diagramme un peu différent, fait de trois carrés concentriques reliés par des segments perpendiculaires, offre des possibilités stratégiques plus grandes. Chaque joueur possède ici neuf pions posés à tour de rôle. Dès qu'un camp a réalisé un alignement de trois pions, ou « moulin », il prend une pièce à son adversaire. Le gagnant est celui qui a condamné l'autre à ne plus pouvoir jouer.

Morpion : tablier

Dessin : Morpion : tablier

Le tablier du morpion ou marelle de trois. 

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Merellier

Dessin : Merellier

Diagramme du merellier, ou jeu du Moulin. 

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Aujourd'hui un peu délaissée en France, où elle est depuis longtemps qualifiée de « jeu d'enfants », la marelle classique, dite aussi jeu du moulin, est restée fort prisée dans les pubs britanniques sous le nom de nine men's morris – littéralement « marelle de neuf pions » – et le jeu est plus populaire encore dans les pays germanophones où Suisses alémaniques et Allemands s'opposent régulièrement en tournois sous l'égide de la Welt-Mühlespiel-Dachverband (W.M.D.). Rien d'étonnant à ce que les seuls ouvrages existant sur ce jeu soient en allemand.

Non seulement il existe plusieurs versions de la marelle, mais la famille est désignée ici et là sous des noms variables. Les pays romans usent d'un vocable tiré du bas-latin merellus : outre le français marelle/mérelle, le catalan connaît marro et on ne sera pas surpris de trouver ce mot aussi en italien où l'on recense de nombreuses formes dialectales : smerelli, merlaro, murèlla, maroll, marredda, etc., qui n'excluent pas d'autres termes, tels mulinello ou filetto. L'anglais n'a pas échappé à l'invasion : morris est clairement dérivé de l'ancien français me[r]rels. Dans les pays de langue allemande et en Europe orientale, le terme « moulin », qui désigne un alignement de trois pions, l'a emporté sur les appellations qui évoquaient le nombre de pions (par exemple l'allemand Neunsteinspiel). On a donc Mühlespiel en allemand, molenspel en néerlandais, malomjáték en hongrois, mølle en danois ou mel'nitsa en russe. Le castillan est resté fidèle au terme alquerque venu de l'arabe al-qirq, qui désigne en effet le même jeu et qui est cité dans la littérature arabe classique.

En Europe, les marelles sont attestées depuis l'Antiquité. Plusieurs diagrammes sont en effet incisés dans des dalles du Forum romanum ou sur de grandes tuiles plates (tegulae) qu'utilisaient les Romains. Un passage de l'Ars amatoria d'Ovide fait une allusion au principe de l'alignement mais ne donne pas d'indications précises. Le haut Moyen Âge offre quelques témoignages archéologiques, le plus ancien étant le fragment de tablier trouvé dans une sépulture à bateau de Gokstad (Norvège), datée d'environ 900. Sous le nom d'alquerque venu de l'arabe, les marelles sont décrites dans le célèbre Livre des jeux d'Alphonse X de Castille (1283) et constituent alors, avec les échecs et les « tables » (trictrac), la trilogie classique des jeux de réflexion. On les retrouve dans les collections de problèmes de « Bonus Socius » (xive siècle) et de « Civis Bononiae » (xve siècle). Dès le Moyen Âge, la marelle à trois carrés est assez souvent associée à un échiquier. Nombre de boîtes à jeux continuent d'offrir un jeu du moulin.

Les origines de la marelle sont particulièrement obscures, car la présence ici ou là de diagrammes à trois carrés concentriques traversés de segments perpendiculaires gravés dans la pierre en divers lieux ne permet pas d'affirmer que le jeu était connu. Que sait-on de l'emploi des gravures du temple de Qurna, [...]

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Morpion : tablier

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Écrit par :

  • : licencié ès lettres, ingénieur du Conservatoire national des arts et métiers, historien du jeu

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Pour citer l’article

Thierry DEPAULIS, « MARELLE », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 21 mai 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/marelle/