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LA GUERRE AU XVIIIe SIÈCLE (J.Black) Fiche de lecture

Dans la collection sur les guerres et les batailles dirigée par l'historien anglais John Keegan, traduite en français aux éditions Autrement, ce bel ouvrage de Jeremy Black présente La Guerre au XVIIIe siècle (2003), avec une approche très novatrice.

L'auteur trace un panorama qui a le premier mérite d'être mondial. On y trouve, placées sur un plan de même importance, les guerres de l'Europe, bien sûr, mais aussi celles de l'Empire ottoman, de l'Inde, de la Chine et de l'Amérique, avec ses guerres indiennes. Afin de marquer sa volonté de ne pas placer l'Europe au cœur de l'étude, Jeremy Black ouvre son travail par un chapitre sur les guerres sans Européens, avec l'évocation de la bataille de Gio Modo en 1696, au cours de laquelle les Chinois sont vainqueurs des Dzoungares. Il évoque ensuite les guerres menées par des Européens (Français, Anglais, Espagnols, et Portugais…) contre des non-Européens en Asie, en Afrique, en Amérique, puis les conflits qui opposent, sur toutes les mers, les grandes flottes européennes entre elles ; il expose enfin l'ensemble classique des guerres en Europe, mais achève pourtant ce panorama avec la mort de Tippou Sahib à Seringapatam en 1799. Ainsi se trouvent valorisées nombre de perspectives trop souvent négligées. Par exemple, l'unification de la Birmanie sous l'autorité d'Alaung-hpaya, en 1757, revêt pour le Sud-Est asiatique la même importance que, la même année, les victoires de Frédéric II à Rossbach et Leuthen, pour le continent européen. Or, bien que les deux événements soient comparables dans leurs sphères respectives, l'historiographie générale oublie la Birmanie, et ne voit que la Prusse. Cette illusion eurocentrique, qui accorde la prééminence à l'histoire militaire européenne, est ici révoquée avec éclat, Jeremy Black observant qu'au milieu du xviiie siècle une grande partie du monde est hors du contrôle de l'Europe.

Une autre illusion dissipée est celle du triomphalisme technologique. L'auteur démontre qu'il n'y a aucune hiérarchie des résultats de la guerre qui serait liée à l'adoption d'armes particulières. Le canon n'a pas toujours de supériorité évidente sur la flèche du cavalier ni le feu sur le fer. Les différents systèmes militaires, dont la variété est l'un des éléments descriptifs majeurs, sont adaptés aux différentes régions du monde où ils se trouvent respectivement pratiqués. Aucun modèle unique ne peut s'imposer. La guerre de lignes minces d'infanteries armées du fusil telle que la pratique l'Europe classique n'est pas supérieure à la guerre des cavaleries légères en Asie centrale, elle lui est irréductible. Tout au plus pourrait-on observer que, dans l'approche générale de la guerre à travers le monde, les pratiques apparentées à ce que l'on appelle alors en Europe la « petite guerre » et partout ailleurs ruses de guerre, embuscades et petits coups, sont universelles alors que la grande bataille rangée reste l'exception.

Enfin, et c'est sa troisième originalité, cette étude de Jeremy Black écarte délibérément la forme de la chronologie narrative au profit d'une perspective toujours problématique. Jeremy Black ne décrit pas, il questionne, et fait ainsi apparaître des évidences que l'histoire générale n'enregistre pas toujours : le fait, par exemple, que la Chine du xviiie siècle, victorieuse de l'empire équestre des Dzoungares entre 1700 et 1760 environ, qui annexe le Turkestan oriental et s'avance jusqu'à Katmandou dans la seconde moitié du siècle, se trouve à la fin du siècle en paix avec tous ses voisins à des conditions qu'elle leur a imposées. Apparaissent en même temps quelques grandes figures, celle de Nadir Shah, « le Napoléon de l'Asie », celle beaucoup moins connue du[...]

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Écrit par

  • : professeur à l'université de Nantes, directeur du C.R.H.M.A. (Centre de recherche sur l'histoire du monde atlantique)

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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