STÉFAN JUDE (1936- )

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Né en 1930 à Pont-Audemer (Eure), Jude Stéfan, de son vrai nom Jacques Dufour, a enseigné le français, le latin et le grec au lycée de Bernay.

Quand on lit le premier recueil de poèmes de Jude Stéfan (Cyprès, 1967), on ne peut qu'être saisi d'y voir rassemblés tous les thèmes futurs de l'œuvre : la fascination de la mort, l'amour effréné des femmes et le désir d'oubli, la vindicte à l'égard de l'irréparable lâcheté humaine, enfin le souvenir passionné de la sœur et de l'enfance indissociables, qui permet l'évocation par bribes de tout un fantasmatique univers Mitteleuropa, dans lequel le passé révolu ferait corps avec l'innocence perdue. Une telle indistance dans l'œuvre poétique et narrative de Jude Stéfan n'est possible que parce que sont exprimés là bien autre chose que des thèmes ou des souvenirs : plutôt la violence d’une perte, à partir de laquelle pourra se dire, dans toute sa nudité et sa cruauté, le simple fait d'exister.

Ces mouvements premiers, où la passion et l'angoisse se composent et semblent constamment doublés par le sarcasme et l'ennui, tout le talent de Jude Stéfan aura été de leur insuffler une charge rythmique et émotive toujours plus intense. Progression dont témoignent ses recueils : Libères, 1970 ; Idylles suivi de Cippes, 1973 ; Aux Chiens du soir, 1979 ; Suites slaves, 1983 ; Laures, 1984 ; À la vieille Parque, 1989 ; Prosopopées, 1995 ; Epodes ou poèmes de la désuétude, 1999 ; La Muse Province, 2002 ; Que ne suis-je Catulle, 2010 ; Disparates, 2012. Voici une œuvre qui n'hésite pas à affronter « la défaite du quotidien » (Michaux) et qui simultanément, grâce à la richesse de ses coloris et de ses inflexions, parvient à inclure en soi, pour le faire revivre, ce que la poésie a de meilleur : de Martial et Catulle à Rimbaud, sans oublier Baudelaire, Scève, les grands baroques. L'écriture de Jude Stéfan se veut cruelle, grinçante. Elle interpelle âprement « l'hypocrite lecteur ». Dans le même temps, il lui arrive de parvenir à une douceur qui est comme brisée, parfois à une transparence rare. Surtout, jusque dans ses syncopes, elle nous parle [...]


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Gilles QUINSAT, « STÉFAN JUDE (1936- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 25 janvier 2020. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/jude-stefan/