MACHADO DE ASSIS JOAQUIM MARIA (1839-1908)

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La pente de l'émancipation

L'émancipation par la culture

Né à Rio de Janeiro, d'origine très pauvre, métis, bègue, épileptique, il a réussi par sa persévérance, son travail, son talent, peut-être son génie, à gravir les pentes, si dures à l'époque, qui séparaient, au Brésil, les Blancs des gens de couleur, les seigneurs des serviteurs, l'écrivain de son public. Orphelin, il lui a fallu travailler jeune pour vivre et faire ses études. À dix-sept ans, apprenti dans une imprimerie, il commença à collaborer à plusieurs journaux et revues, dans des domaines très divers. Il lui arrivait parfois de publier, sous différents pseudonymes, trois, quatre contes à la fois.

À trente et un ans, il épouse la sœur d'un de ses amis, le poète portugais Xavier de Morais. Sa situation ne cesse de s'améliorer. À trente-quatre ans, il se trouve être un fonctionnaire très considéré et un écrivain que les journaux de l'époque placent à côté de José de Alencar.

Comment expliquer alors, chez ce grand petit-bourgeois, l'amertume acide, le sarcasme, on dirait presque le sadisme d'un Brás Cubas ? Il ne faut pas oublier qu'il emmenait toujours avec lui, guettant le moment de lui sauter dessus, ce démon de l'épilepsie qui s'emparait tout à coup de son corps pour l'offrir à la pitié ou à la risée publique. Dans le morceau, devenu pièce d'anthologie, « Le Délire de Brás Cubas », la nature apparaît personnifiée par Pandora, la déesse à la fois mère et ennemie des hommes, prenant plaisir à leurs souffrances. « La nature est parfois une immense raillerie », écrit Cubas à propos du défaut physique de Eugenia, un des rares personnages féminins qui, racheté par la souffrance, n'apparaît pas absurde et monstrueux comme sa mère Nature. Et il ajoute : « Pourquoi belle, si boiteuse ? Pourquoi boiteuse, si belle ? »

La libération des modèles

L'art de Machado de Assis a mis longtemps à atteindre sa plénitude. Ce n'est qu'avec le roman Iaiá Garcia (1878) qu'il cesse de payer son tribut au romantisme. Il fait ainsi un pas de plus à la fois vers l'émancipation complète et vers la solitude de l'esprit. Ses personnages sortent des tiroirs du Bien et du Mal où ils logeaient et vont désormais vagabonder autour d'eux-mêmes, sans réussir à trouver de repos ni au Ciel ni en Enfer. Ce changement a pu être déterminé par l'interruption de sa collaboration régulière avec les journaux et les revues, et par la proximité de la mort en raison d'une détérioration très sérieuse de sa santé. Convalescent, il commence à dicter à sa femme ses fameux Mémoires d'outre-tombe de Brás Cubas (Memórias póstumas de Brás Cubas), publiés par la Revue brésilienne à partir de 1880.

Ses meilleurs contes datent de cette époque. Machado a fait preuve dans ce genre de beaucoup d'originalité : ni romantique ni naturaliste, il y a déployé une technique différente de celle de ses romans : l'histoire s'organise avec la plus grande densité autour d'un thème, d'un personnage, d'une situation. L'Aliéniste (O Alienista, 1881), Le Miroir (O Espelho, 1882), L'Église du Diable (A Igreja do Diabo, 1883), Dona Benedita (1887) sont considérés comme des chefs-d'œuvre.

Le Philosophe et le chien (Quincas Borba, 1891) et Dom Casmurro (1900) sont, avec les Mémoires d'outre-tombe de Brás Cubas, les trois principaux romans de Machado de Assis. Il avait annoncé qu'Esaü et Jacob serait son dernier livre. Il se trompait pourtant, puisqu'il écrivit encore le Memorial de Aires, publié en 1908, l'année de sa mort.

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Pour citer l’article

Maria Teresa RITA LOPES, « MACHADO DE ASSIS JOAQUIM MARIA - (1839-1908) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 14 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/joaquim-maria-machado-de-assis/