ROUAUD JEAN (1952- )

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le 13 décembre 1952 à Campbon dans la Loire-Atlantique (l'ancienne « Loire-Inférieure » devenue pour l'auteur « Loire intérieure »), il est le fils d'un petit commerçant qui décède en 1963. Rouaud mène une scolarité banale au collège Saint-Denis de Saint-Nazaire, qui se prolonge par des études de lettres sans passion à la faculté des lettres de Nantes. Il enchaîne les petits boulots dans le journalisme (Presse Océan), la librairie, la vente d'encyclopédies médicales ou de journaux, etc.

À trente-huit ans, il publie aux Éditions de Minuit Les Champs d'honneur. Jérôme Lindon l'avait engagé, avec quelque paradoxe, à délaisser ses tentatives d'écriture avant-gardiste pour retrouver les saines racines d'un roman avec des personnages bien dessinés et une action réaliste. Il va connaître un succès considérable : prix Goncourt 1990, éloges de la critique, vingt-cinq traductions, publication chez France-Loisirs, bande dessinée chez Casterman (2005). Le roman se présente comme une réflexion en actes sur l'art d'écrire la mémoire. Le puzzle du passé familial, dont les pièces sont dispersées ou perdues, se recompose à partir d'indices minuscules. Cette histoire des humbles remonte à la Grande Guerre, origine mythique de la France où prend son origine une narration comme affranchie de narrateur. Plus tard l'auteur proposera sur son site Web la généalogie de sa famille, la mettant en rapport avec les passages de cet ouvrage et des suivants où il y est fait allusion. Les Champs d'honneur ouvrent une saga familiale qui conduit Rouaud à se pencher sur les figures de son père (Des hommes illustres 1993) et de sa mère (Pour vos cadeaux, 1998 ; Sur la terre comme au ciel, 1999). Le Monde à peu près (1996) se centre sur l'écrivain lui-même, qui enrichit sa palette avec une pièce de théâtre, Les Très Riches Heures (1997) ou encore un livre de photos composé avec dix photographes (Promenade à la Villette, 1997).

Le décès de sa mère (1997) et la fin du contrat qui le liait aux Éditions de Minuit ouvrent pour le romancier une période nouvelle qui aura pour effets visibles l'évolution vers un style plus exigeant, un dédain marqué pour la critique journalistique et le rapprochement avec la critique universitaire, l'installation à Paris et le ralliement à Gallimard ainsi qu'à d'autres éditeurs littéraires prestigieux (Actes sud, Seuil...). Le regard sur l'écriture se fait plus réflexif : que signifie raconter une histoire ? Quelle place réserver au lecteur dans le monde imaginaire de la narration ? En 2001, Régional et drôle s'interroge sur le statut d'écrivain régionaliste auquel l'auteur a échappé de justesse, tandis que La Désincarnation revient, à propos de Flaubert, sur la contradiction jamais résolue depuis Balzac entre lyrisme et réalisme. L'Invention de l'auteur (2004) rappelle en une formule heureuse qu'un écrivain invente et s'invente dans le même mouvement. Le romanesque n'est pas abandonné pour autant : L'Imitation du bonheur (2006) met en scène les amours d'un communard en fuite et d'une bourgeoise cévenole, et l'auteur adapte pour Casterman le Moby Dick de Melville (dessins de Denis Deprez). Préhistoires (2007) poursuit l'exploration des secrets de l'humanité naissante telle que l'avait amorcée Le Paléocircus (1996) et Carnac ou le prince des lignes (1999).

L'œuvre de Jean Rouaud illustre la difficulté pour un auteur à qui sa simplicité tendre et son humour discret ont valu un authentique succès populaire, de devoir poursuivre une carrière, écartelé entre le risque de refaire indéfiniment le même livre et la recherche d'une légitimité nouvelle en changeant de position dans le champ littéraire. La poursuite de l'autobiographie familiale marque le désir de rester fidèle à la première partie de son œuvre (Pour vos cadeaux, 1998 ; Sur la scène comme au ciel, 1999 ; Comment gagner sa vie honnêtement, 2011 ; Une façon de chanter, 2012 ; Un peu la guerre, 2014).

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Pour citer l’article

Michel P. SCHMITT, « ROUAUD JEAN (1952- ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-rouaud/