VERCORS JEAN BRULLER dit (1902-1991)

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Écrivain dont l'œuvre considérable fut, pendant longtemps, mieux connue et appréciée à l'étranger qu'en France. Avant Le Silence de la mer (1942), son récit le plus fameux, écrit pendant la Résistance, et qui inaugure les éditions de Minuit clandestines, Vercors s'appelait Jean Bruller. Il était graveur et dessinateur, s'attachant à dénoncer l'absurdité du monde, par exemple dans Vingt et Une Recettes pratiques de mort violente (1926) ou dans Un homme coupé en tranches (1929). Il fallut la guerre et la Résistance, dans laquelle il s'engagea à fond, pour que Vercors, son nom de guerre, prenne le pas sur Jean Bruller et pour que l'écrivain ait raison du dessinateur. En même temps, le pessimiste trouvait une raison d'espérer dans le combat même qu'il menait contre les forces du désespoir.

Le Silence de la mer fut un événement politique plus que littéraire. Le récit fut accueilli fort diversement à l'époque. Certains furent enthousiasmés par le symbolisme un peu facile et par un style recherché ; d'autres, au contraire, voyaient dans cette nouvelle une manœuvre des collaborateurs. En réalité, le personnage de von Ebrennac incarne un appel : Vercors invite les Allemands, au nom de leurs traditions d'humanisme, à se désolidariser de la barbarie hitlérienne. Le livre prêche le refus français face à l'Occupation. À cette époque, malgré la lutte sans merci dans laquelle il est engagé, Vercors peut et veut encore croire que l'homme refusera de se « dénaturer ». Mais les « réalités intolérables » de l'enfer nazi, en particulier la révélation après la guerre de l'horreur des camps de concentration et de massacres comme ceux d'Oradour-sur-Glane, conduiront Vercors à durcir sa position. Plus aucun pardon ne sera concevable à l'égard des tortionnaires SS dans Les Armes de la nuit (1946) ou dans Le Songe. Dans La Marche à l'étoile (1943), Vercors s'en prendra aux collaborateurs, à qui il reproche surtout d'avoir dénaturé la France. Le récit, qui retrouve le style un peu plat mais très élaboré et le symbolisme du Silence de la mer, relate en deux parties l'aventure de Thomas Muriz. Jeune Tchèque d'origine française lointaine, soumis au gouvernement austro-hongrois, celui-ci ne rêve qu'à la France, à la liberté qu'elle symbolise. Il quitte sa famille et marche jusqu'à Paris, guidé par la France elle-même, qui brille comme une étoile. Tout lui sourit, tout lui réussit. La France est conforme à son idéal. Son fils meurt en 1914 : sa douleur immense laisse percer un soulagement. Maintenant, il est vraiment français. Pourtant, en 1942, malgré son grand âge, le vieillard, dont la mère était juive, est livré aux Allemands par des gendarmes français. Il meurt dans des sanglots non de peur mais de désespoir. On ne peut s'empêcher de voir dans ce récit une France un peu mythique, comme tirée d'un livre d'images : c'est celle que Vercors cherche à recréer.

Ces tortionnaires, il faut les pourchasser. C'est donc une grande activité que déploie Vercors à la Libération. L'écrivain pacifiste découvre la nécessité de la haine et de l'engagement politique, comme on le voit dans Sables du temps (1945). En 1948, Vercors se rend dans plusieurs villes allemandes et prononce son Discours aux Allemands : « Je viens pour vous dire des choses dures. »

La tragédie de l'Occupation et de la guerre, qui devient le centre de l'œuvre tout entière de Vercors, le conduit à élaborer un humanisme. Plus ou moins homme (1950) et Les Animaux dénaturés (1952) poursuivent la réflexion que Vercors avait entamée dans la clandestinité. La question est de savoir où est la limite, si l'on peut être « plus ou moins homme », où commence l'homme et où finit l'animal, à moins que ce ne soit où finit l'homme et où commence l'animal. « L'humanité n'est pas un état à subir, c'est une dignité à conquérir », écrit Vercors. Sa réflexion sur l'humanité le conduit à se pencher sur tous ses aspects. Ainsi l'on peut dire que l'étude de la perversion qu'il mène dans Monsieur Prousthe s'insère dans sa recherche d'une définition de l'humanisme. Pour Vercors, la vie a maintenant un sens : « Ce n'est pas un conte sans queue ni tête raconté par un idiot. » L'allégorie de l'éducation humaine racontée dans Sylva (1961), l'histoire de la femme-renarde, nous révèle le nouvel univers et la manière d'un écrivain qui a trouvé sa voie. Dès 1947, il avait compris que l'essentiel pour l'homme est le problème de « la fin et des [...]

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Pour citer l’article

Marc BLOCH, « VERCORS JEAN BRULLER dit (1902-1991) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-bruller-dit-vercors/