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DUFILHO JACQUES (1914-2005)

Ce Gascon né en Gironde, à Bègles, le 19 février 1914 a noué la boucle de sa vie en s'éteignant le 28 août 2005 à Lectoure, dans le Gers. Il était revenu boire aux sources du passé. N'avait-il pas, à dix-huit ans, longtemps hésité ? Emprunter la voie paternelle du paysan ou choisir les chemins hasardeux de la carrière artistique ? Une actrice connue, Madeleine Lambert, après l'avoir vu animer un spectacle de comédiens amateurs, lui conseilla de « monter » à Paris et d'y rencontrer Charles Dullin. Ce qu'il fit en 1938.

Professeur hors pair, Dullin régnait sur le Théâtre de l'Atelier. Il pressentit tout de suite les qualités de ce garçon noiraud, court sur pattes, aux yeux d'anthracite, le jugea obstiné et agile : une grande amitié s'épanouit. Jacques Dufilho n'oubliera jamais les conseils de son maître : bannir toute recherche d'effets, se garder d'imiter quiconque, apprendre à camper son personnage par rapport à sa propre personnalité, insister sur la sincérité, l'art d'écouter le partenaire et d'affirmer ainsi sa présence.

Le visage taillé à la serpe de Dufilho, certaine façon de marteler ou de chuchoter ses textes, quelque chose de rustique et d'inquiétant dans la démarche, l'humour distillé à froid ne laissent pas insensibles ceux qui l'écoutent. Il se perfectionne dans des monologues qui lui permettent d'arrondir ses fins de mois en se faufilant dans les cabarets à la mode – L'Écluse ou La Fontaine des quatre saisons. Son nom commence à être connu. Dullin l'avait poussé sur scène dès 1941, dans La Princesse des Ursins, de Simone Jolivet. Il joue du Labiche (Le Misanthrope et L'Auvergnat), du Jules Romains (L'An Mil), incarne Maître Jacques dans l'Avare, fréquente Salacrou (L'Archipel Lenoir), passe des Gueux au Paradis aux Frères Karamazov. Son interprétation du personnage de Smerdiakov lui permet d'affirmer son talent dans des rôles souvent équivoques, parfois haineux, sinon abjects. Il va triompher dans Colombe de Jean Anouilh en 1950. Au Théâtre Hébertot, La Condition humaine, adaptation par Thierry Maulnier du roman de Malraux, lui ouvre la porte d'Audiberti : on le verra successivement, chez Georges Vitaly, dans Le mal court (1955), Le Ouallou (1958), L'Effet Glapion (1959). La critique s'enthousiasme : mimiques et silences aussi expressifs que sa façon de parler, mastication et dégustation des mots et un ton inimitable de folie intérieure. Les Maxibules (Marcel Aymé, 1962), Le Voyage de Monsieur Mississippi (Friedrich Dürrenmatt, 1969), Le Gardien (Harold Pinter, 1969), Les Aiguilleurs (Brian Phelan, 1978) le consacrent. Sa carrière théâtrale culminera dans Chêne et Lapins Angora (Martin Walser, 1968).

Si, au cinéma, Jacques Dufilho préféra la quantité (120 films) à la qualité, il n'en laisse pas moins quelques interprétations marquantes. Après ses apparitions courtes mais réjouissantes dans Premier de Cordée (Louis Daquin, 1943) ou Adieu Léonard (Pierre et Jacques Prévert, 1943) ou encore dans La Ferme des sept péchés (Jean Devaivre, 1948), Anouilh lui a fait signe en 1951 pour Deux sous de violette, qui prend le spectateur à rebrousse-poil. Jacques Baratier le réclame en 1961 pour La Poupée dont le scénario est écrit par Audiberti. Sa singulière présence inspire Jean-Pierre Mocky (Snobs, 1961 ; Chut !, 1971 ; Y a-t-il un Français dans la salle ?, 1982). En 1960, il prend le métro avec Zazie en compagnie de Queneau et de Louis Malle, et interprète avec doigté le film noir de Jean-Louis Trintignant (Une Journée bien remplie, 1972). Il décroche des récompenses avec Le Crabe-Tambour (Pierre Schoendoerffer, 1977). Sa composition d'un libraire homosexuel dans Un mauvais fils (1980) permet à Claude Sautet, son metteur en scène, d'affirmer qu'il est la lumière du film.[...]

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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