WURSTEMBERGER HUGUES DE (1955-    )

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Le photographe Hugues de Wurstemberger est né le 14 décembre 1955 à Berne, d'un père suisse et d'une mère française. Il passe son enfance à Fribourg, où il fréquente successivement l'école primaire, le collège et l'université, avant d'entrer en 1978 à l'École d'art « Le 75 » de Bruxelles. Au moment d'effectuer son service militaire, Hugues de Wurstemberger, qui conserve la double nationalité helvétique et française, choisit d'intégrer la garde suisse pontificale au Vatican. L'expérience, qui couvre trois périodes de quatre mois, de 1977 à 1981, lui inspire un journal sous forme de photographies. Ce premier travail est exposé au musée de l'Élysée de Lausanne pour son ouverture en 1985.

Très différentes des documents diffusés par les médias, les photographies d'Hugues de Wurstemberger illustrent les événements par une réelle vision d'auteur. Elles intéressent Christian Caujolle au moment de la création de son agence de presse VU, en 1986. Le quotidien Libération, dont Christian Caujolle occupe alors le poste de directeur de la photo, fait une bonne place au travail de Wurstemberger, déjà remarqué par le cadrage carré du moyen format, la qualité du noir et blanc, l'art d'excentrer le sujet de manière à rendre un rôle essentiel à son environnement.

À Paris, la galerie Agathe Gaillard monte la première exposition personnelle d'Hugues de Wurstemberger en 1989, Après voyance sur photo, petite rétrospective de ses premières années d'auteur-illustrateur. Wurstemberger reçoit ensuite le prix Niépce, la plus haute distinction de la photographie d'auteur, doté d'une bourse et d'une exposition personnelle que le Centre national de la photographie organise. Celle de Wurstemberger sera une des dernières à se tenir dans les vastes salles du Palais de Tōkyō.

Comme la plupart des photographes de sa génération, Hugues de Wurstemberger peut poursuivre ses recherches personnelles grâce à des travaux de commandes publicitaires. Ses photos sur les défilés de mode parisiens obtiennent un prix au World Press Photo 1991 et une exposition au Nederlands Foto Instituut de Rotterdam en 1993.

La consécration internationale du World Press Photo coïncide avec la volonté d'Hugues de Wurstemberger de donner une nouvelle ampleur à son métier d'observateur. Pour le vingtième anniversaire de l'association Médecins sans frontières, il entreprend en 1991 un reportage sur l'action de cette O.N.G. au Salvador, qui sera exposé à Paris et à Toulouse. Refusant l'effet spectaculaire et l'évidence facile, le style de Wurstemberger s'affine, il développe une interprétation poétique, parfois ironique, jamais gratuite. L'artiste obtient une bourse du musée de l'Élysée de Lausanne pour réaliser un travail sur la Suisse qui s'apprête alors à célébrer le septième centenaire de la Confédération helvétique. En France, la Mission du Patrimoine lui confie une recherche sur le château d'If et sur l'abbaye de Montmajour, en Provence.

L'actualité se charge de diversifier le territoire du photographe. Le reportage « Sahara occidental » sur le Front Polisario produit avec le journaliste Didier Schmutz sera publié de 1991 à 1994 dans Cambio, Tempo, Das Magazin, Thèmes. Avec trois autres jeunes photographes, Patrick Zachman, John Vink et Claudine Doury, Hugues de Wurstemberger rejoint le projet de Claude Bricage sur l'Algérie contemporaine, publié en 1993 aux éditions Plume sous le titre Chronique d'un été algérien. La confrontation avec trois jeunes auteurs doués souligne la marque singulière de Wurstemberger, sa vision esthétique et juste du monde contemporain, qu'il photographie encore aux Philippines, à Manille et dans les pays du Nord. En 1994, Libération lui donne « Carte blanche sur le festival de Cannes », qu'il raconte au quotidien comme la chronique distanciée d'un événement médiatisé à l'extrême. L'expérience sera renouvelée en 1998 avec « Carte blanche sur le Mondial » pour Le Monde.

Avec la maturité, Hugues de Wurstemberger parvient à définir son territoire de photographe au sein du monde rural, qu'il étudie dans son évolution comme dans ses rémanences. En 1994, un reportage simplement intitulé Paysans le fait revenir dans les préalpes suisses, avant le travail sur l'Alentejo, région du sud du Portugal. Ces images intemporelles seront présentées aux Rencontres Photo 1996 de Coïmbra au Portugal et dans l'exposition Montagnes, à Bruxelles, où Wurstemberger s'est établi depuis 1978.

Photographe reconnu mais discret, Hugues de Wurstemberger partage désormais son activité entre ses recherches sur l'univers montagnard, ses collaborations avec les organisations non gouvernementales comme Women for Change et la Fondation des villages d'enfants Pestalozzi, pour lesquelles il réalise en Zambie et en Éthiopie des reportages et deux films en 1998. En 2005, dans la rétrospective Pauline et Pierre, il expose des photographies en noir et blanc de ses enfants, prises pendant dix-huit ans (abbaye de Groeninge, courtrai, Belgique). Son œuvre est présente dans des collections privées et dans plusieurs musées européens : le musée de l'Élysée à Lausanne, le Kunsthaus de Zurich et le Musée national de la montagne à Turin.

—  Hervé LE GOFF

Écrit par :

Classification

Pour citer l’article

Hervé LE GOFF, « WURSTEMBERGER HUGUES DE (1955-    ) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 08 décembre 2018. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/hugues-de-wurstemberger/