KÜHN HEINRICH (1866-1944)

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Célèbre jusque dans l'entre-deux-guerres puis oublié, Heinrich Kühn est un photographe amateur allemand qui a contribué à approfondir l'esthétique pictorialiste – en opposition aux photographes professionnels accusés d'avoir dénaturé la photographie par leurs images médiocres. Mouvement né à la fin des années 1880 en Angleterre, puis de dimension internationale le pictorialisme se caractérise par une forte volonté artistique qui vise, en rivalisant avec la peinture, à se soustraire d'un rendu trop « photographique » de la réalité.

Dans un contexte de réévaluation du pictorialisme, Heinrich Kühn, à la recherche de la photographie parfaite était la première grande rétrospective consacrée à l'artiste depuis sa mort en 1944. Présentée du 6 octobre 2010 au 24 janvier 2011 au musée de l'Orangerie à Paris, l'exposition résultait de la collaboration de trois institutions, le musée d'Orsay, l'Albertina de Vienne et le Museum of Fine Arts de Houston. Regroupant quelque cent cinquante œuvres dispersées dans différentes collections publiques ou privées, elle se voulait un bilan des recherches menées sur l'artiste et un miroir de l'intensité de son travail photographique.

Heinrich Kühn envisage au départ la photographie comme un instrument de l'art. « L'appareil mécanique, écrit-il, n'a pas d'autre importance pour le photographe que par exemple le pinceau pour le peintre. » Tout au long de sa vie, il demeurera attaché à la recherche d'une vision artistique du monde qui le place au cœur de la démarche pictorialiste. À travers le prisme de son appareil, les objets les plus quotidiens sont élevés au rang d'œuvres d'art, comme en témoignent des natures mortes telles que Jouet (1907), Verres au soleil (1915) ou Caoutchouc (1929). Son œuvre laisse à la fois l'impression d'une continuité artistique et d'une grande diversité de moyens et d'intérêts qui, au gré des rencontres et des expositions (notamment avec la Sécession) bouleverseront son regard.

Perfectionniste, Heinrich Kühn porte autant de soin à la réalisation technique qu'au choix des sujets. Dans ses articles ou ses ouvrages, le photographe met en relief les principes esthétiques élaborés au fil des années autour du flou, de la lumière et des gradations, définies en peinture comme le passage insensible d'un ton à un autre et dont les œuvres emblématiques sont ses Études sur les gradations (1908).

En 1895, l'artiste, installé à Innsbruck dans le Tyrol autrichien, a déjà abandonné ses études de médecine au profit de sa passion, la photographie. Né en 1866 à Dresde dans une famille de riches commerçants, le jeune homme a hérité d'une fortune assez considérable à la mort de son père. Au Camera-Club de Vienne, il se lie bientôt d'amitié avec Hugo Henneberg et Hans Watzek, avec lesquels il forme le Trifolium (1898), uni autour de recherches techniques et esthétiques. De 1895 à 1914, Kühn jouit d'un grand prestige au sein du courant international formé par les pictorialistes.

C'est lors d'une exposition à Vienne qu'Heinrich Kühn découvre les tirages à la gomme bichromatée du Français Robert Demachy et prend la décision d'expérimenter cette technique d'impression photographique qu'il préfère pour un temps à la platinotypie, procédé au platine apprécié pour sa vaste gamme de gris. En vogue dans les milieux pictorialistes français, la gomme bichromatée permet d'intervenir au pinceau dans le tirage en estompant les contours et les détails. Ses études de paysage, influencées par l'impressionnisme, contribuent à sa renommée à travers l'Europe et aux États-Unis. Ainsi de Crépuscule (1896), qui marque fortement ses contemporains par sa tonalité, sa composition et sa puissance poétique.

À la faveur de la visite d'Alfred Stieglitz et d'Edward Steichen en 1904 se produit un changement brutal dans son approche. Au moment où se noue une amitié profonde avec Stieglitz, Kühn passe du paysage au portrait. Son regard se porte vers la sphère familiale : ses quatre enfants et leur gouvernante anglaise, Mary Warner, deviennent ses modèles de prédilection. On les retrouve dans une trentaine de portraits individuels ou collectifs, comme Mary sur le versant (vers 1908), Edeltrude et Lotte s'habillant (1910) ou Lotte, Mary et Hans avec casquettes (1912). Renonçant à l'instantané pour saisir des expressions de vie, sa pratique du portrait, tant privée que professionnelle, reste toujours extrêmement réfléchie.

Parallèlement, [...]

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Écrit par :

  • : ancienne élève de l'École normale supérieure, agrégée d'histoire, doctorante contractuelle à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne

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Pour citer l’article

Éléonore CHALLINE, « KÜHN HEINRICH - (1866-1944) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/heinrich-kuhn/