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GÉRARD GAROUSTE (exposition)

Une exposition de Gérard Garouste avait déjà eu lieu au Centre Georges-Pompidou en 1988. Mais la rétrospective qui s’est tenue du 7 septembre 2022 au 2 janvier 2023 (avec pour commissaire Sophie Duplaix) a véritablement permis de prendre la mesure d’une œuvre qui se déploie depuis la fin des années 1960.

On pouvait craindre que la densité des œuvres exposées empêche de regarder correctement les peintures. Au contraire, l’espace semble parfaitement proportionné aux tableaux, souvent de grandes dimensions il est vrai, et le choix d’une rythmique chronologique clarifie ce parcours à travers plus de cinquante ans de peinture. Qui plus est, il émane des œuvres une lumière puissante dont les expositions antérieures de Gérard Garouste n’avaient pas permis de prendre conscience de manière significative. La visite s’achève, entre autres, sur un diptyque de 2019, Le Clown blanc et l’Auguste. Le clown triste y tient une feuille de papier où sont inscrites les équations de James Clerk Maxwell (1831-1879) sur la lumière. C’est peut-être là le véritable sujet de cette rétrospective, la lumière intérieure : celle de la peinture et celle de l’esprit.

Masques et travestissements

C’est une série d’œuvres de jeunesse peu connue qui ouvre l’exposition, dont Comédie policière et La Règle du jeu (1979). Ce dernier titre renvoie énigmatiquement à une manière de Cluedo artistique, mais aussi au film éponyme de Jean Renoir (1939). Ce corpus comprend des photographies à l’ambiance expressionniste, des peintures, des sculptures et des maquettes qui se répondent. De grandes lances en bronze semblent anticiper l’intérêt que montrera par la suite Garouste pour le Don Quichotte de Cervantès (Le Livre brûlé, 1998). Quant à la tête de chien (Le Masque de chien, 2002), on la retrouve tout au long de l’œuvre, au même titre que le motif de l’âne (Passage, 2005 ; Balaam, 2005). Mais surtout, La Règle du jeu introduit d’emblée une notion rarement associée à l’œuvre de Garouste, qui est considéré d’une manière grave, en raison de ses inspirations hébraïques et bibliques. Or, sa dimension hautement comique importe elle aussi. Caspar David Friedrich, le grand peintre romantique allemand, aurait écrit : « L’art est un jeu, mais c’est un jeu sérieux. » C’est exactement ce qu’on éprouve devant les tableaux de Gérard Garouste, qui flirtent constamment avec le grotesque et la mascarade. Ils sont peuplés de personnages grimaçants, déformés, en un mot assez maniéristes. « Je pense qu’il y a beaucoup de drôlerie dans les histoires que je raconte », nous dit le peintre (« Gérard Garouste, les mots dans la peinture », interview par R. Leydier, Artpress, septembre 2022). Il faut aborder cette œuvre armé d’un certain humour, au risque sinon de passer complètement à côté.

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. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

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