FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS DE FEMMES DE CRÉTEIL

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Le Festival international de films de femmes de Créteil a été créé en 1979. Les premières éditions se tiennent d'abord à Sceaux. Puis, devant l'intérêt croissant du public, le festival s'implante à Créteil à partir de 1985. En 2009, il accueillait plus de 30 000 festivaliers, un public mixte mais majoritairement féminin. Il se déroule sur dix jours au mois de mars et propose chaque année une programmation de 150 films dans les salles de la Maison de la culture de Créteil.

La compétition internationale récompense des films inédits en décernant plusieurs prix, parmi lesquels le grand prix du jury, les prix du public du meilleur long-métrage de fiction, du meilleur long-métrage documentaire, du meilleur court-métrage français, du meilleur court-métrage étranger. Le festival s'enorgueillit d'être un tremplin permettant aux films réalisés par des femmes d'intéresser des distributeurs français, voire européens. Même si les critiques de cinéma se montrent plus circonspects vis-à-vis d'une programmation qu'ils jugent souvent trop inégale et très centrée autour de thèmes récurrents (l'homosexualité, l'avortement), ils reconnaissent au F.I.F.F. sa qualité de découvreur de talents : il a par exemple révélé Coline Serreau et Jeanne Labrune ou, plus récemment, l'Espagnole Iciar Bollain (Ne dis rien), l'Américaine Kelly Reichardt (Wendy et Lucy), ou encore la Chinoise Emily Tang (Conjugaison)...

Avec ses « Autoportraits », le festival a également fêté de grandes actrices et réalisatrices : entre autres, Micheline Presle, Delphine Seyrig, Catherine Deneuve, Charlotte Rampling, Jane Birkin, Josiane Balasko, Anna Karina. Des rétrospectives ont également permis de rendre hommage à des femmes ayant marqué de leur empreinte l'histoire du septième art : Germaine Dulac, Marie Epstein, Yannick Bellon, Agnès Varda, etc. Les invitées d'honneur sont révélatrices des thématiques défendues par le festival au fil des années. Ainsi, avec la réalisatrice indienne Mira Nair (Salaam Bombay !), il est question de désir féminin et d'injustices sociales ; avec la Québécoise amérindienne Alanis Obomsawin (Kanesatake, 270 ans de résistance) de la lutte des minorités autochtones ; avec la Française Yamina Benguigui (Mémoire d'immigrés) de l'histoire de l'immigration maghrébine en France.

Dès ses débuts en 1979, grâce à un coup d'envoi remarqué (la projection de films militants signés par des réalisatrices allemandes de talent telles que Ula Stöckl, Helma Sanders ou Jutta Brückner), le F.I.F.F. s'est défini comme un festival social, féministe et engagé, préoccupé par les grands enjeux politiques mondiaux. Une section hors compétition propose d'ailleurs chaque année d'explorer une aire géographique. Ont ainsi pu bénéficier de ce coup de projecteur des réalisatrices chinoises, britanniques, australiennes, méditerranéennes... En 2002, un panorama de films latinos mettait l'accent sur le cinéma argentin (La Ciénaga de Lucrecia Martel). En 2003, les réalisatrices nordiques découvraient le dernier film de la Suédoise Liv Ullmann, Infidèle. En 2009, c'était au tour des cinéastes américaines de présenter leurs films sur la guerre en Irak ou la lutte pour les droits civiques.

L'ambition première des fondatrices du festival, Elisabeth Tréhard et Jackie Buet, était de soutenir une production féminine qui, à la fin des années 1970, était extrêmement marginale et souffrait d'un manque réel de visibilité. Le projet féministe de la manifestation s'est heurté aux critiques de ceux qui considèrent l'approche sexuée des films comme datée et inadéquate, car susceptible de mettre à mal la notion d'universalité de l'œuvre. Mais le festival s'est toujours défendu de tout « repli communautaire » et a su marquer le fait qu'il offre une plate-forme à des réalisatrices, qu'elles soient issues des pays du Sud, d'Asie ou encore d'Afrique, dont les œuvres sont rarement distribuées ou font parfois l'objet de censure (comme c'est le cas avec les réalisatrices algériennes).

Organisée par des animateurs culturels, la manifestation se veut aussi un lieu d'échanges et de débats. En contrepoint des projections, se déroulent des tables rondes, des forums et des colloques qui permettent au public de dialoguer avec les réalisatrices ou d'approfondir la thématique d'un film. Ces espaces de discussion réunissant cinéastes, écrivains et sociologues abordent des problématiques aussi diverses que « Les droits du corps – la prostitution en question » ou « La guerre vue par les femmes » (thèmes de réflexion proposés en 2009). Les leçons de cinéma des réalisatrices sont archivées et viennent enrichir l'Iris, le centre de documentation du festival, consacré à l'histoire du cinéma et des femmes.

En 2008, pour célébrer son trentième anniversaire, le festival a proposé un florilège de films représentatifs de la récente histoire du cinéma féminin : Wanda de Barbara Loden (1970), Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Akerman (1975) Allemagne, mère blafarde de Helma Sanders-Brahms (1980), Une saison blanche et sèche d'Euzhan Palcy (1989), Un ange à ma table de Jane Campion (1980) et Histoire d'un secret de Mariana Otero (2003). Il mettait ainsi en avant la richesse et la qualité d'un cinéma qui se heurte encore trop souvent au « plafond de verre », cet obstacle invisible qui empêcherait les femmes d’accéder aux postes les plus élevés d’une profession.

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Laetitia MIKLES, « FESTIVAL INTERNATIONAL DE FILMS DE FEMMES DE CRÉTEIL », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 04 décembre 2021. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/festival-international-de-films-de-femmes-de-creteil/