BALENCIAGA CRISTOBAL (1895-1972)

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Issu d'un modeste village de pêcheurs en Espagne, Balenciaga, « le couturier des couturiers », est devenu l'arbitre de l'élégance parisienne. Soucieux de rejeter les effets faciles alors que dans le contexte de l'après-guerre la mode se livre à des jeux frivoles, Balenciaga donne une vision très structurée et exigeante du vêtement.

Encouragé dans son enfance par la marquise de Casa Torres, la femme la plus élégante de son village natal, Guetaria, Cristobal Balenciaga, après un apprentissage chez un tailleur madrilène, ouvre un atelier personnel à Saint-Sébastien.

Devenu, peu avant la Première Guerre mondiale, chef d'atelier aux Magasins du Louvre à Saint-Sébastien, il se familiarise avec les modèles parisiens au cours de ses premiers voyages d'affaires en France. L'ouverture à Saint-Sébastien d'une maison Balenciaga vers 1915, puis à Madrid, marque une période de prospérité pour le couturier jusqu'en 1931, date de l'abdication du roi d'Espagne, Alphonse XIII. La fin de la vie de cour entraîne en effet pour Balenciaga la disparition des clientes fortunées.

Âgé de quarante ans, il ouvre une nouvelle maison à Barcelone (1935), baptisée Eisa, du nom de sa mère. La guerre civile qui déchire bientôt l'Espagne met un terme au développement de ce salon de couture. Décidé à faire carrière ailleurs qu'en Espagne, le couturier se rend en 1936 à Londres, et s'établit finalement à Paris (1937).

Les premières collections parisiennes de Balenciaga font sensation. Il exploite, dans une série de robes du soir, toutes les ressources optiques du jeu des rayures verticales, horizontales, diagonales, croisées ou contrariées. La Seconde Guerre mondiale, qui marque pour certains couturiers parisiens la clôture de leurs maisons de couture, n'interrompt pas la progression de Balenciaga. Sa puissance de travail lui permet d'assurer, en une seule journée, l'essayage de cent quatre-vingts modèles, avec leurs accessoires. À la différence de beaucoup d'autres, il est, compte tenu de son apprentissage, capable de réaliser et de monter lui-même une « toile » (prototype d'un modèle), de la coudre, puis d'exécuter le modèle avec ses finitions. Pendant la guerre, Balenciaga crée en particulier des robes de ville avec pouf drapé à l'arrière ou sur les hanches, des robes du soir dotées de boléros brodés comme ceux des toréadors, et compose des manteaux imperméables en fibranne, une étoffe de remplacement créée par Bucol. Balenciaga s'impose par sa maîtrise de la coupe et de la construction d'un vêtement. Après avoir relancé l'emmanchure kimono, lancée par Poiret, il remet en question le rapport entre le vêtement et le corps : tandis que le new-look a apporté des robes aux corsages ajustés et aux tailles étranglées, Balenciaga définit peu à peu un style de tailleurs, de manteaux plus ou moins décollés du corps. Parmi les formules alors créées on notera les manteaux et tailleurs creusés devant et bombés derrière, baptisés « ronde-bosse » (1951). Puis le couturier accentue son évolution vers une silhouette libre, dégageant le cou, aux épaules élargies, et effaçant la taille. Au printemps de 1955, il présente la robe-tunique, étape majeure de cette émancipation du vêtement : le décolleté est rond et sans col, les manches trois quarts sont étroites, et la tunique sept huitièmes se porte sur un fourreau court ou long selon qu'il s'agit d'une tenue de ville ou du soir. Dans un genre tout autre, Balenciaga propose également des robes à danser, courtes, dont les jupes, froncées et bouillonnées, se drapent sur des jupons de dentelle, des manteaux de cocktail en faille, très amples, et des robes volantées, d'un esprit très flamenco.

En 1957, l'influence de Balenciaga est à son apogée : la robe-tunique, rebaptisée « robe-sac », est copiée par tous les confectionneurs de prêt-à-porter. Cette proposition n'a pourtant qu'un succès limité auprès des femmes accoutumées aux mièvreries du new-look ; cette expérience illustre les limites de l'influence de la haute couture sur le prêt-à-porter.

La suprématie de Balenciaga s'est affirmée avec la disparition des ténors du new-look, Jacques Fath (1954), Christian Dior (1957). Chanel, revenue à Paris depuis 1954, prône également une mode dégagée des contraintes et des artifices. À partir de 1960, la coupe Balenciaga a atteint un tel degré de perfection et de simplicité qu'elle n'évolue presque plus [...]

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Guillaume GARNIER, « BALENCIAGA CRISTOBAL - (1895-1972) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/cristobal-balenciaga/