SIMONOV CONSTANTIN MIKHAÏLOVITCH (1915-1979)

Carte mentale

Élargissez votre recherche dans Universalis

Né à Petrograd, fils d'un officier tsariste, Constantin Milhaïlovitch Simonov est l'un des plus importants écrivains soviétiques. Au sortir de l'école secondaire, il entre dans une école technique et devient, jusqu'en 1935, tourneur sur métaux. En même temps, pourtant, il publie ses premiers poèmes et, en 1938, termine ses études à l'Institut de littérature Gorki de Moscou, tandis que paraît son premier recueil de vers : Des hommes véritables (1938). En 1940, Simonov écrit sa première pièce de théâtre, Histoire d'un amour, puis, en 1941, sa deuxième, inspirée par la lutte contre l'agression japonaise en Mongolie : Un gars de notre ville, qui lui vaut son premier prix Staline (1942). La même année, il devient membre du Parti communiste de l'Union soviétique. Pendant la durée de la guerre, Simonov est au front comme correspondant de guerre du journal Krasnaia Zvezda (L'Étoile rouge), mais il n'en continue pas moins à écrire des vers et des recueils d'essais et de récits, ainsi qu'un roman, Les Jours et les nuits de Stalingrad. La guerre lui apporte une foudroyante consécration. Son style classique et romantique ravissait les foules, qui s'arrachèrent le recueil des poèmes édités en 1942 : Avec toi et sans toi. Avec Les Jours et les nuits, écrit au front pendant la bataille de Stalingrad, prix Staline 1946, son premier roman, Constantin Simonov a trouvé son ton, chassant tout solennel de cette œuvre où ressortent finalement le courage simple et le sacrifice des combattants. En 1946, après son premier voyage aux États-Unis, il publie une pièce de théâtre, Réponse russe, qui lui vaut de nouveau le prix Staline (1947). Devenu un auteur officiel, il est député au Soviet suprême, membre suppléant au comité central, souvent chargé de missions de propagande à l'étranger, il s'affirme comme un fidèle partisan de Nikita Khrouchtchev. Rédacteur en chef de l'hebdomadaire littéraire Literatournaia Gazeta, de 1950 à 1954, et de l'importante revue des écrivains Novy Mir, de 1954 à 1958, il est limogé pour avoir autorisé la publication d'œuvres dangereuses ou « prématurées », comme L'homme ne vit pas seulement de pain, de Doudintsev.

Il signe avec Charles Spaak et Elsa Triolet le scénario du film Normandie-Niémen (1960), la première coproduction cinématographique franco-soviétique, et commence la publication de son œuvre majeure, une trilogie d'un grand souffle décrivant l'invasion allemande : Les Vivants et les morts (1959), qui a pour sujet la retraite de 1941, puis On ne naît pas soldat (1963-1964) à propos de la bataille de Stalingrad, enfin Le Dernier Été (1970-1971), sur l'offensive de Biélorussie pendant l'été de 1944. Cette saga exalte sans emphase ses sentiments patriotiques et sa foi dans l'homme communiste.

Comblé d'honneurs, loin d'être dépourvu de talent, il était l'écrivain officiel par excellence, l'homme idéal pour représenter, à l'intérieur comme à l'extérieur, la nouvelle intelligentsia du Parti. Il a dominé pendant près de quarante ans la « jeune » littérature soviétique dans toutes les sphères officielles, et il a été réellement adulé par un public qui appréciait en lui le poète sincère, l'écrivain prolifique qui avait foi en l'homme communiste, mais qui, également, faisait la part belle aux sentiments et à la réalité quotidienne.

Respectueux des gens en place, cet enfant du régime savait qu'il devait tout à l'État soviétique. Pourtant, lui, qui n'avait jamais dans ses écrits critiqué le système, se livrait, depuis les années 1960, en profitant de l'impunité que lui donnait sa notoriété, à une véritable action souterraine. Admirateur de Boulgakov, c'est lui, par exemple, qui exhuma Le Maître et Marguerite en 1966 ; c'est lui qui organisa, en 1975, l'exposition Maïakovski ; c'est lui qui fut l'âme de la première rétrospective à Moscou d'un génie enfoui et oublié : Vladimir Tatline.

Hors de tout esprit de dissidence, Constantin Simonov s'était attaché à faire connaître à ses compatriotes des trésors de culture qui, sans lui, seraient restés, longtemps encore, cachés ; il avait élargi leur horizon, il avait su leur ouvrir généreusement son jardin secret.

1  2  3  4  5
pour nos abonnés,
l’article se compose de 2 pages

Écrit par :

Classification

Autres références

«  SIMONOV CONSTANTIN MIKHAÏLOVITCH (1915-1979)  » est également traité dans :

GUERMAN ALEXEÏ (1938-2013)

  • Écrit par 
  • Nicole GABRIEL
  •  • 991 mots

Longtemps inconnu dans son propre pays et admiré de quelques happy few en Europe occidentale, le cinéaste Alexeï Guerman était « non un dissident, mais un résistant de l’intérieur » (M. Godet), ferraillant sans relâche contre les censeurs et la « glaciation » de l’ère brejnévienne. Il a relativement peu tourné (six longs-métrages en quarante ans), une lenteur qui s’explique en partie par un sens […] Lire la suite

SOVIÉTIQUE LITTÉRATURE DE GUERRE

  • Écrit par 
  • Jean CATHALA
  •  • 862 mots
  •  • 1 média

Dans l'histoire des lettres soviétiques, la littérature de guerre proprement dite succède à la littérature de la guerre civile presque sans solution de continuité : Cholokhov publie le dernier livre du Don paisible en 1940 et La Science de la haine en 1942. Le foisonnement de la littérature de guerre entre 1941 et 1945 relève du sentiment patriotique plus que de la création littéraire : il y a v […] Lire la suite

Pour citer l’article

Nicole ZAND, « SIMONOV CONSTANTIN MIKHAÏLOVITCH - (1915-1979) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 07 août 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/constantin-mikhailovitch-simonov/