DURAND CLAUDE (1938-2015)

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Éditeur de Gabriel García Márquez et d’Alexandre Soljenitsyne, Claude Durand était considéré comme le « monstre sacré » de l’édition française, dont il a marqué les cinquante dernières années. Né le 9 novembre 1938 à Livry-Gargan (en Seine-Saint-Denis aujourd’hui), Claude Durand commence à travailler très jeune avant d’entrer à l’école normale d’instituteurs de Versailles. Il devient enseignant à l’âge de dix-neuf ans, tout en militant pour Pierre Mendès France, ainsi qu’à la Ligue des droits de l’homme. Il s’essaie ensuite au cinéma (son père, comptable, avait travaillé chez Kodak) et rencontre Jean Cayrol, avec lequel il réalise en 1964 plusieurs courts métrages et un film, Le Coup de grâce, avec Danielle Darrieux et Michel Piccoli. Il en gardera un attachement pour le septième art et présidera en 2005 la commission de l’avance sur recettes. Dans les années 1960, il fait la connaissance du journaliste Bernard Pivot et sera par la suite un des fidèles de l’émission « Apostrophes ».

Claude Durand

Photographie : Claude Durand

Le nom de Claude Durand reste notamment lié à deux grandes œuvres du XXe siècle : Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez, et L'Archipel du Goulag, d'Alexandre Soljenitsyne. 

Crédits : J. Foley/ Opale/ Leemage

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En 1958, le Seuil refuse le manuscrit du roman qu’il a proposé, mais le recrute comme lecteur. Il gravit tous les échelons avant de devenir éditeur en 1965, faisant ses classes auprès de Jean Cayrol, alors l’un des piliers de la maison. Il dirige la collection Écrire, puis crée la collection Combats qu’il consacre aux auteurs de gauche d’Amérique latine et des pays de l’Est. Il découvre Gabriel García Márquez, Prix Nobel de littérature en 1982, dont il traduit Cent ans de solitude en 1967 avec sa femme Carmen. En 1973, il publie L’Archipel du Goulag, d’Alexandre Soljenitsyne, écrit dans le plus grand secret, confisqué par le K.G.B. et parvenu clandestinement en France. L’aventure éditoriale fut aussi une histoire d’amitié : l’écrivain russe accorda sa confiance à son agent et éditeur jusqu’à sa mort en 2008 et fit de lui son exécuteur testamentaire. Claude Durand narre cette relation dans Agent de Soljenitsyne (2011).

En 1978, Claude Durand devient directeur général de Grasset, qu’il quitte en 1980 pour prendre la direction de Fayard, où il restera jusqu’à l’âge de la retraite, en 2009. Grandes biographies historiques, musicologie, littérature populaire (dont des best-sellers comme La Bicyclette bleue, de Régine Deforges) et coups éditoriaux marquent sa carrière. Claude Durand a été l’éditeur de Patrick Besson, Max Gallo, Jean Vautrin, Frédéric Vitoux et Michel Houellebecq, qu’il arracha « à prix d’or » à Flammarion en 2005 et pour lequel il rêvait du prix Goncourt ; La Possibilité d’une île obtint finalement l’Interallié. Il fit également découvrir aux lecteurs français l’Albanais Ismaïl Kadaré.

Claude Durand a publié les historiens Élisabeth Badinter, Hélène Carrère d’Encausse, Jean Delumeau, la comédienne Simone Signoret, et nombre d’hommes politiques comme Jacques Attali, Régis Debray, François Mitterrand, Alain Peyrefitte, Lech Walesa, Hillary Clinton, Shimon Pérès et Nelson Mandela.

Claude Durand aimait la controverse et la provocation. Il n’hésitait pas à publier des documents polémiques comme Une jeunesse française, sur le passé de François Mitterrand, de Pierre Péan, et La Face cachée du Monde, de Pierre Péan et Philippe Cohen. Ardent défenseur de la liberté d’expression, il a fait se côtoyer dans son catalogue Serge Klarsfeld et le très contesté Renaud Camus.

Claude Durand était aussi écrivain. La Nuit zoologique fut couronnée par le prix Médicis en 1979. En 2010, il publie J’aurais voulu être éditeur sous le pseudonyme de François Thuret (mais il se dévoile en quatrième de couverture), un roman à clé où l’on reconnaît les grandes figures de l’édition de l’époque – Jérôme Lindon, P.D.G. des éditions de Minuit, Bernard-Henri Lévy, Françoise Verny, Marek Halter –, dans lequel il dénonce le « troc de voix » en cours dans les prix littéraires. Quatre mois avant sa mort, en janvier 2015, paraît Usage de faux, l’histoire d’un écrivain, Ivan Peskov, devenu le célèbre et mystérieux Abraham Gold, grâce à son éditrice, Roberte Demachy.

Claude Durand a fait également œuvre de traducteur de l’anglais et de l’espagnol. Outre Gabriel García Márquez, il a traduit en français Isabel Allende, Jorge Semprún, Alan Sillitoe.

Claude Durand incarnait l’essence même de l’éditeur, ce qui lui valut d’être surnommé « l’empereur Claude ». Odile Jacob, Henri Truber (Les Liens qui libèrent), Laurent Beccaria (Les Arènes), Éric Vigne (Gallimard), Olivier Cohen (éditions de L’Olivier) ont fait leur apprentissage à ses côt [...]

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Claude COMBET, « DURAND CLAUDE - (1938-2015) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 26 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/claude-durand/