STRÖMHOLM CHRISTER (1918-2002)

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Le 11 janvier 2002, au moment précis où se terminait la rétrospective qui lui avait été consacrée à la galerie VU, à Paris, le photographe Christer Strömholm mourait, à Stockholm, sa ville natale, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, emportant le regret de n'avoir pu assister à sa dernière exposition, chère à l'amoureux de Paris qu'il était. Mais il avait pu la « visiter » via Internet et goûter, avant de disparaître, l'accueil unanime de la presse et du public pour une œuvre inclassable et essentielle.

L'enfance de Christer Strömholm, bien qu'heureuse, fut ballottée. Il n'a que six ans quand ses parents se séparent et, dès lors, il voit fort peu son père, militaire affecté dans des ports suédois, puis en Pologne et en Roumanie. Ce père presque absent se suicide en 1934 et ce drame marquera durablement un adolescent sensible qui sera dorénavant en perpétuelle tension entre une décision de vivre le plus intensément possible et l'obsession d'une mort qui ne l'angoisse pas mais qui marque toute son œuvre.

À dix-neuf ans, il s'installe à Dresde pour suivre les cours de l'école d'art de Waldemar Winkler, à qui il s'affronte très vite en défendant Paul Klee et les artistes du Bauhaus déjà désignés comme « artistes dégénérés ». Il se rend à Paris, puis à Arles où il rend visite à l'un de ses maîtres, Dick Beer. À l'automne de 1938, il rentre à Stockholm où il étudie la peinture. Mais la collaboration de certains de ses concitoyens avec les nazis le révolte et, en 1939, il s'engage comme volontaire dans les troupes finlandaises. Jusqu'à la capitulation allemande de 1945, il sert dans un corps de volontaires suédois en Norvège et participe à la Résistance au côté des Norvégiens.

C'est en 1946, à Paris, alors qu'il pratique la gravure à l'école des Beaux-Arts, qu'il découvre la photographie. Enthousiaste, il se lance dans des recherches graphiques, tout en réalisant pour un magazine brésilien des portraits d'artistes (Man Ray, Duchamp, Le Corbusier, Fernand Léger, entre autres) qui lui permettent de vivre.

Jusqu'en 1954, il est photographe professionnel, travaillant pour la presse tout en continuant des études artistiques à Paris, à Florence et à Faenza. En 1951, il avait rejoint le groupe allemand Fotoform pour la « photographie subjective » animé par Otto Steinert et il participa à plusieurs expositions du groupe en Europe. Mais, d'une indépendance farouche, il reprend sa liberté dès 1953 tout en poursuivant, jusqu'à la fin de ses jours, des recherches formelles (moins formalistes toutefois que celles du groupe) qu'il continuera à nommer « fotoform ». Il développe en même temps une autre série, Images de la mort, qu'il terminera en 1964.

De 1956 à 1962, il vit à Paris et partage l'existence des travestis et des transsexuels de la place Blanche à Pigalle, qu'il photographie tant dans leur intimité que sur leurs lieux de prostitution, réunissant un ensemble documentaire unique dépourvu de tout voyeurisme. Il disait ainsi sa tendresse pour ces « filles qui ont eu le malheur de naître dans un corps de garçon » et son irréductible respect pour les différences et les individualités. Le livre ne sera publié qu'en 1983 et fera événement.

Il rejoint Stockholm en 1962 où il est nommé directeur de l'école de photographie de l'université de la capitale suédoise ; là, il formera plus de mille deux cents élèves (et parmi eux les meilleurs photographes de Scandinavie). Mais il reviendra régulièrement résider à Fox-Amphoux, en Provence, où il possède une maison.

Après la publication de deux importants ouvrages (Poste restante, 1967, et Privata Bilder. Images Privées, 1978), la revue suisse Camera, référence absolue à l'époque pour la photographie, lui consacre, de façon tout à fait exceptionnelle, un numéro spécial en 1980.

Le travail de Strömholm se concentre sur les signes, sur les traces et surtout sur les personnes, notamment les enfants rencontrés au cours de ses nombreux voyages en Espagne, à Tanger, en Tunisie, en Inde, à Hiroshima.

À partir de 1990, il est reconnu comme l'un des grands documentaristes au niveau international, mais il se soucie peu de sa notoriété et ne la gère absolument pas : il est pratiquement absent du marché. La remise, en 1998, du très prestigieux Hasselblad Award est une bouleversante consécration pour cet artiste farouche, resté volontairement en marge afin de poursuivre ses recherches sans compromission aucune.

Christer Strömholm laisse une œuvre considérable, exemplaire de ce « style documentaire » dont on commence à [...]

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  • Armelle CANITROT
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Pour citer l’article

Christian CAUJOLLE, « STRÖMHOLM CHRISTER - (1918-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 13 avril 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/christer-stromholm/