POTOK CHAÏM (1929-2002)

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Romancier, essayiste et auteur de livres pour la jeunesse, Chaïm Potok est l'auteur d'une œuvre importante par laquelle, dès la publication de L'Élu en 1967, il se rattache à l'école de New York, un groupe informel d'écrivains qui ont réussi à imposer les héros juifs et américains de leurs romans comme des personnages de premier plan dans la littérature américaine de la seconde moitié du xxe siècle.

Chaïm Potok est né à New York, dans le Bronx, le 17 février 1929, de parents venus de Pologne en 1921. La famille vivant dans l'orthodoxie religieuse la plus stricte, il suit naturellement l'enseignement des hassidim, mais manifeste, dès l'âge de dix ans, un certain talent pour le dessin et la peinture. Son père et ses maîtres de l'école talmudique le dissuadent d'exploiter ce don et l'encouragent, au contraire, à poursuivre de sérieuses études à la fois laïques et religieuses à la très orthodoxe Yeshiva University de New York. Il y obtient un diplôme de lettres en 1950, et poursuit des études religieuses au Jewish Theological Seminary qu'il quitte en 1954, après avoir été ordonné rabbin.

Dès l'âge de seize ans cependant, moment où il découvre Evelyn Waugh et James Joyce, Chaïm Potok forme le projet de devenir écrivain. Cette ambition se concrétise à l'issue de la période 1955-1957 durant laquelle il sert comme aumônier militaire en Corée : « Une expérience cruciale, fondamentale, qui m'a totalement transformé. » La mort de plusieurs de ses amis, les dangers encourus pour sa propre vie, les atrocités dont il est le témoin dans cette période d'après guerre lui inspirent un premier récit qu'il transformera des années plus tard pour le publier sous forme de roman : Je suis l'argile (1992).

Son expérience le conduit surtout à remettre en question de manière radicale les rapports entre religion et culture profane, et à abandonner l'orthodoxie pour une pratique conservatrice mais moins extrême de la religion. De retour aux États-Unis, il entreprend des études de philosophie à l'université de Pennsylvanie, où il soutient un doctorat en 1965. Au même moment, il se lance dans la rédaction de L'Élu, auquel il doit d'être connu dans le monde entier.

L'Élu est avant tout un roman d'éducation ; Danny Saunders, jeune hassid de New York, essaie d'échapper à son destin de futur chef religieux d'une secte dont il récuse les croyances et les traditions, en particulier depuis qu'il a découvert les théories de Sigmund Freud, et surtout sans doute parce qu'il vit en Amérique pendant la Seconde Guerre mondiale. Dans un tel contexte, il pense que cette culture traditionnelle est désormais obsolète. Au cours de son cheminement vers la lumière profane, Danny rencontre Reuven Malter, lui-même engagé dans l'entreprise inverse : fils d'un mathématicien, Reuven veut devenir rabbin d'une religion conservatrice mais rénovée, qui a réussi la synthèse entre la Torah, le sionisme, Freud, Einstein et Roosevelt.

Après le succès de L'Élu, Potok publie La Promesse (1969), dans lequel il a de nouveau recours à ses deux héros pour approfondir son analyse des rapports complexes entre le judaïsme orthodoxe et la modernité. En 1972, la même thématique nourrit Je m'appelle Asher Lev : un jeune hassid entre en conflit avec sa famille et sa communauté au moment où il affirme son désir de se consacrer à la peinture. Ce livre connaîtra à son tour une suite : Le Don d'Asher Lev (1990). En 1981, Le Livre des lumières propose un parallèle entre la lumière que Gershon Loran a trouvée dans l'étude de la Kabbale, et la lumière que le père de son ami Arthur Leiden a créée en inventant la bombe atomique. Quatre ans plus tard, La Harpe de Davita (1985) reprend la thématique de l'incompatibilité des cultures en opposant, cette fois à travers le combat d'une femme, l'intégrisme laïc du marxisme stalinien à l'intégrisme religieux des juifs orthodoxes. Publié en 1978, Une histoire du peuple juif est un récit romancé qui met en valeur les grandes figures du judaïsme.

Plus que des itinéraires individuels, et plus que des oppositions entre orthodoxie et modernité, il faut voir dans les romans de Chaïm Potok une confrontation, selon lui inévitable, entre le judaïsme et l'Amérique. Le très large public que cette œuvre a su émouvoir montre, à l'évidence, qu'il avait réussi dans son entreprise : « Donner à voir l'or que le choc de ces cultures a produit. »

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Lazare BITOUN, « POTOK CHAÏM - (1929-2002) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 18 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/chaim-potok/