BROUILLONS D'ÉCRIVAINS (exposition)

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La Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, a présenté d'avril à juin 2001 une exposition intitulée Brouillons d'écrivains consacrée aux manuscrits « modernes ». En effet, c'est à travers ces pages de notes, scénarios, plans ébauches, brouillons, copies au net ou épreuves corrigées que les écrivains des trois derniers siècles nous ont légués les traces du patient et formidable travail de genèse qui a donné naissance aux chefs-d'œuvre de notre littérature. Conçue et réalisée par Marie-Odile Germain et Danièle Thibault, et magistralement mise en scène par Massimo Quendolo, cette présentation des trésors autographes de la B.N.F. ne se réduisait pas à une riche exposition patrimoniale. Elle constituait une réussite exemplaire aussi bien dans sa dimension esthétique que dans sa vocation scientifique et culturelle, comme en témoigne son catalogue (Marie-Odile Germain et Danièle Thibault, Brouillons d'écrivains, B.N.F., Paris, 2001).

Construite sous la forme de quatre itinéraires, l'exposition débutait par un parcours initiatique, conduisant du manuscrit médiéval au texte électronique : une « Histoire des manuscrits », retraçant les péripéties du statut même de la notion d'auteur, de Guillaume de Machaut à René Char, sous la responsabilité scientifique de différents spécialistes (R. Chartier, M. Sacquin, A. Angremy, M. Le Pavec, A. Herschberg-Pierrot, M.-O. Germain, F. de Lussy, D. Thibaut, F. Bon). Dans la deuxième boucle du parcours, intitulée « Ateliers d'écrivains », chaque étape était associée à l'identité d'un écrivain (Hugo, Flaubert, Proust, Sartre, Perec), d'un poète (Apollinaire, Ségalen, Valéry, Breton, Desnos), d'un philosophe (Weil, Merleau-Ponty, Jankélévitch), l'ensemble composant une véritable exploration de l'écriture, au cours de laquelle il s'agissait de suivre la logique polymorphe de l'œuvre à l'état naissant, avec, pour pilotes des chercheurs de premier plan, spécialistes de ces corpus (J. Gaudon, J. Neefs, F. Callu, J. Kristeva, M. Contat, B. Magné, É.-A. Hubert, M. Berne, F. de Lussy, S. Ménasé et F. Schwab). Avec la troisième boucle, le visiteur était invité à pénétrer dans « La fabrique du texte », (selon l'expression de Francis Ponge) pour s'interroger sur le processus génétique lui-même : qu'est-ce qu'un brouillon ? une réécriture ? un plan ? Comment faire une fin ? Qu'en est-il des moments de « suspension » de l'écriture ? Le principe consistait ici à transformer les questions en expériences, à partir d'un face-à-face avec les documents : ainsi, A. Angremy avait été chargée de mettre en scène les stratégies d'écriture de Bataille et de Roussel, H. Mitterand le travail de Zola, F. Callu la méthode de Roger Martin du Gard et l'écriture de Claudel, M. Micheau la question de l'inachèvement, et P.-M. de Biasi, la condensation de l'écriture et le jeu de la rature chez Flaubert. Enfin, la quatrième boucle de l'exposition, « Écrire aujourd'hui », était consacrée aux écrivains vivants, et, avec eux, aux brouillons contemporains, des autographes de Julien Gracq (Le Rivage des Syrtes) aux ratures informatiques de Roubaud, en passant par les archives vivantes de Claude Simon, Hélène Cixous, Michel Butor, Édouard Glissant, J.-J. Goux et Pierre Michon, et des interviews filmés de quelques contemporains : François Bon, Emmanuel Carrère, Michel Chaillou, Jean Echenoz, Linda Lê. Ici et là, des postes vidéo et des bornes équipées d'écrans interactifs permettaient d'écouter Aragon, Ponge, Sartre, Perec, Jankélévitch, Roubaud, Valéry, ou de « zoomer » sur une étude de cas : les brouillons du Cimetière marin de Valéry, la dernière phrase d'Un Cœur simple, les dossiers de l'Assommoir. Un logiciel d'indexation automatique des réécritures concernait plus précisément les écrivains pratiquant le brouillon numérique.

Sur les centaines de milliers d'autographes conservés à la B.N.F., « Brouillons d'écrivains » ne présentait qu'une sélection de deux cents pièces, mais choisies avec tant d'intelligence du fait littéraire que l'ensemble constituait une totalité exemplaire à bien des égards, démontrant, s'il le fallait, qu'à côté des richesses détenues ici ou là par d'autres collections publiques ou par de dynamiques fonds privés, le véritable centre de gravité du patrimoine écrit, en France, reste la Bibliothèque nationale de France. La collaboration active des écrivains contemporains prouvait aussi qu'elle est « un lieu vivant de conservation e [...]

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Écrit par :

  • : ancien élève de l'École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé de l'Université, docteur en sémiologie, chargé de recherche au CNRS, directeur adjoint de l'Institut des textes et manuscrits modernes

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Pour citer l’article

Pierre-Marc de BIASI, « BROUILLONS D'ÉCRIVAINS (exposition) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 06 janvier 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/brouillons-d-ecrivains/