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AFFAISSEMENTS DU SOL

La gestion des risques

Les conséquences des affaissements en cours d'exploitation minière sont attendues, les cours d'eau, les villages et ouvrages d'art sont protégés par des restrictions d'exploitation (stots de protection) ; au besoin, la compagnie intervient pour relever les eaux ou les bâtiments et pour indemniser les victimes des dégâts. Mais population et administration sont confrontées aujourd'hui à des désordres différés, comme à Auboué et Moutiers. Si les mines, fermées récemment, sont à peu près convenablement répertoriées, il y a en France des milliers de carrières souterraines abandonnées, dont la plupart sont inconnues.

Lorsque la cavité s'étend, les immeubles s'inclinent au passage du front, puis se redressent, les fissures se referment mais ne se cicatrisent pas. La longueur des bâtiments aggrave les désordres ; l'affaissement vertical n'est pas dangereux en soi, ni même l'inclinaison en bord de cuvette, qui rend néanmoins l'immeuble inhabitable. On admet comme seuil de désordres un tassement différentiel de 20 centimètres sur la longueur d'un bâtiment. Les bâtiments de forme ramassée sont donc les moins vulnérables.

L'effondrement est plus dangereux ; même pour une amplitude faible de 1 ou 2 mètres, son effet dynamique a pu faire passer des cuisinières à travers les planchers (Lorraine) ; les fentes qui l'accompagnent s'ouvrent de plusieurs décimètres, parfois plusieurs mètres.

Les affaissements, qui peuvent être inconnus dans certaines régions, sont plus fréquents dans d'autres soit en raison de particularités géologiques favorables aux cavités naturelles, soit en raison des activités humaines. Les terrains calcaires et surtout gypseux sont toujours suspects ; les exploitations minières, même anciennes, ont laissé des traces ; partout où le sous-sol fournit une pierre de construction, les carrières accompagnent les villes ; des exploitations d'argiles et de marnes peuvent avoir existé partout où on trouve ces terrains. En l'absence de documents, la recherche de cavités fonde le diagnostic. Les photos aériennes rasantes donnent des indices ; divers procédés de mesures géophysiques au sol, parmi lesquels la gravimétrie, qui utilise des appareils extrêmement sensibles, apportent des données plus précises. Une sape de la Seconde Guerre mondiale a pourtant provoqué le déraillement d'un T.G.V. près de Valenciennes en novembre 1993 ; elle avait échappé aux enquêtes préalables.

En 1777, à Paris, après des fontis spectaculaires rue d'Enfer, le roi Louis XV a institué l'Inspection des carrières de Paris. Ainsi, la Ville de Paris dispose de cartes au 1/1 000, enviées partout dans le monde (consultation et vente place Denfert-Rochereau).

Dès qu'il y a des terrains propices ou des indices, et quelle que soit la densité des reconnaissances par forages, il convient de se prémunir contre une cavité non détectée, grâce à des fondations sur radiers, tant d'immeubles que de routes ou de voies ferrées. Lorsque les cavités sont visitables, leur stabilité peut être estimée ; à défaut, la construction d'immeubles et d'ouvrages d'art est précédée par le remblayage des vides (station de métro Tolbiac-Nationale, à Paris) ou la consolidation par des piliers maçonnés (gare Montparnasse, à Paris). À Bruxelles, c’est le réseau d’égouts qui pose problème en raison de sa vétusté. Depuis le début de l’année 2010, les affaissements de rues et de trottoirs, les fuites d’eau, les ruptures de canalisation, etc., se multiplient. Un programme de rénovation de 500 kilomètres de ce réseau d’égouts va s’effectuer sur vingt ans.

— Pierre DUFFAUT

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Écrit par

  • : ingénieur civil des Mines, expert en génie géologique

. In Encyclopædia Universalis []. Disponible sur : (consulté le )

Média

Affaissements en cuvette ou en fontis

Affaissements en cuvette ou en fontis

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