201198e Tour de France

Départ

Passage du Gois (Vendée), 2 juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 24 juillet

Nombre d'équipes au départ

22

Nombre de coureurs au départ

198

Nombre de coureurs classés

166

Nombre d'étapes

21

Distance totale

3 630 km

Moyenne du vainqueur

39,788 km/h

Podium

1. Cadel Evans (équipe B.M.C., Australie), 86 h 12 min 22 s

2. Andy Schleck (équipe Leopard-Trek, Luxembourg), à 1 min 34 s

3. Fränk Schleck (équipe Leopard-Trek, Luxembourg), à 2 min 30 s

Classement par points

Mark Cavendish (équipe H.T.C.-Highroad, Grande-Bretagne)

Meilleur grimpeur

Samuel Sánchez (équipe Euskatel, Espagne)

Classement par équipes

Garmin-Cervélo

La course

Quand débute le quatre-vingt-dix-huitième Tour de France, les atermoiements des autorités sportives concernant le contrôle antidopage positif (traces infimes de clenbuterol) d'Alberto Contador durant le Tour 2010 aboutissent à une situation ubuesque. En effet, le Tribunal arbitral du sport (T.A.S.) a refusé de rendre son verdict avant le départ de cette Grande Boucle. De ce fait, rien ne dit que la victoire de Contador en 2010 ne sera pas remise en cause, ainsi que tous ses succès ultérieurs – dont, bien sûr, un éventuel triomphe dans le Tour 2011. Or Alberto Contador se pose en grand favori de la course, car il a remporté le récent Giro en dominant outrageusement ses concurrents. Parmi ses rivaux figure au premier rang le Luxembourgeois Andy Schleck, deuxième en 2009 et en 2010. Si celui-ci n'a pas affiché une forme resplendissante ces derniers temps, la présence rassurante de son frère Fränk – lui aussi cité parmi les favoris – pourrait constituer un atout. Les experts pensent également que l'Australien Cadel Evans, le Britannique Bradley Wiggins, qui vient de remporter le Critérium du Dauphiné, voire l'Italien Ivan Basso ou le Belge Jurgen Van den Broeck pourraient jouer les trouble-fête.

La première semaine de course est fertile en rebondissements et marquée par plusieurs chutes. Le Belge Philippe Gilbert, très costaud dans la côte d'arrivée, remporte la première étape (Passage du Gois-Mont des Alouettes, 191,5 km) ; mais Alberto Contador, victime d'une chute, concède déjà 1 min 20 s à ses rivaux. Le lendemain, la formation Garmin-Cervélo gagne le contre-la-montre par équipes aux Essarts, ce qui permet au Norvégien Thor Hushovd de s'emparer d'un maillot jaune qu'il va conserver durant sept jours ; Alberto Contador, dont la formation Saxo Bank a affiché des limites, compte déjà 1 min 40 s de retard sur ses principaux concurrents au classement général. À l'occasion de la quatrième étape (Lorient - Mûr-de-Bretagne), Contador attaque dans la côte d'arrivée, mais il est devancé sur la ligne par Cadel Evans ; les deux hommes distancent Andy Schleck de 8 secondes. La septième étape (Le Mans-Châteauroux, 218 km) voit la victoire au sprint du rapide Britannique Mark Cavendish, mais aussi l'abandon de son compatriote Bradley Wiggins, victime d'une chute. La neuvième étape (Issoire - Saint-Flour, 208 km) est marquée par des chutes qui contraignent à l'abandon le Kazakh Alexandre Vinokourov et le Belge Jurgen Van den Broeck ; l'Espagnol Luis León Sánchez la remporte et, surtout, le Français Thomas Voeckler s'empare du maillot jaune.

Chacun pense que les favoris vont se dévoiler dans les Pyrénées. Or il n'en est rien : la douzième étape (Cugnaux - Luz-Ardiden, 211 km), le 14 juillet, voit la victoire de l'Espagnol Samuel Sánchez, alors que Fränk Schleck prend quelques secondes à ses rivaux, que Contador semble faiblir et que Thomas Voeckler, aidé de son jeune coéquipier Pierre Rolland, sauve son maillot jaune ; le Belge Jelle Vanendert s'impose dans la quatorzième étape (Saint-Gaudens - Plateau de Beille, 168,5 km), mais tous les favoris se marquent, et Thomas Voeckler, étonnant, accompagne sans difficulté les meilleurs.

Dans la seizième étape (Saint-Paul-Trois-Châteaux - Gap, 151 km), alors que Thor Hushovd s'impose, Alberto Contador attaque dans le petit col de Manse ; Andy Schleck et Thomas Voeckler ne répondent pas ; dans la descente, Voeckler se rapproche et ne perd que 18 secondes sur les favoris, alors qu'Andy Schleck, mal à l'aise, leur concède 1 min 6 s à l'arrivée. Le lendemain, Edvald Boasson Hagen, le second Norvégien du peloton, remporte l'étape Gap-Pinerolo (179 km) ; quant à Voeckler, il sort de la route dans la descente de la côte de Pramartino ; il se rétablit tel un équilibriste, mais perd quelques secondes sur rivaux.

Le 21 juillet, l'étape reine du Tour conduit les coureurs de Pinerolo au sommet du Galibier (200,5 km). Dans le col d'Izoard, Andy Schleck se lance dans une aventure digne des épopées d'antan : il démarre à 60 kilomètres de l'arrivée, passe en haut de l'Izoard avec 2 min 15 s d'avance sur ses rivaux ; puis, malgré le vent contraire dans la descente et dans la plaine, il poursuit son effort ; son avantage enfle, dépasse les 4 minutes. Mais Cadel Evans – conscient que le cadet des frères Schleck est en train de gagner la Grande Boucle – prend ses responsabilités et assure seul la poursuite, dans le Lautaret notamment. À l'arrivée, Andy Schleck précède son frère Fränk de 2 min 8 s, Cadel Evans de 2 min 15 s. Thomas Voeckler, remarquable, se classe cinquième à 2 min 21 s, et, pour 15 secondes, il conserve son maillot jaune. En revanche, Alberto Contador, à la peine dans le Galibier, cède 3 min 50 s et voit ses espoirs de victoire à Paris s'envoler. Néanmoins, Contador veut prouver qu'il est un grand champion. Le lendemain, dans l'étape qui conduit le peloton de Modène à L'Alpe-d'Huez (109,5 km), il attaque dès les premières pentes du col du Lautaret ; seul Andy Schleck prend sa roue ; Evans est rapidement distancé, puis Voeckler cède à son tour. Dans le Galibier, Voeckler, isolé, tente de revenir, mais il présume de ses forces ; Evans, lui, fait preuve de prudence, essayant simplement de limiter son retard. Après la descente du Galibier, tous les favoris se regroupent. Dès les premiers lacets de L'Alpe-d'Huez, le jeune Français Pierre Rolland se porte à l'avant ; Alberto Contador et Samuel Sánchez le rejoignent, puis le dépassent. Mais il s'accroche, revient sur les deux champions espagnols, et, sans complexes, il attaque à 1,5 km du sommet, allant chercher la plus belle victoire de sa jeune carrière. Quant à Voeckler, victime de ses efforts, il cède près de 2 min 30 s à ses principaux rivaux, et perd le maillot jaune, que revêt Andy Schleck.

Néanmoins, avant l'étape contre la montre à Grenoble (42,5 km), rien n'est joué : Andy Schleck précède son frère Fränk de 53 secondes, Evans de 57 secondes. Ce dernier est considéré comme un « rouleur » bien plus efficace que les deux frères luxembourgeois, et il semble en mesure de combler ce handicap de 57 secondes. Néanmoins, Andy Schleck paraît en progrès dans cet exercice spécifique, et nombre d'experts pensent que, galvanisé par le maillot jaune, il pourrait conserver quelques secondes d'avance. Or le suspense ne dure pas longtemps : après 15 kilomètres, le cadet des Schleck a déjà perdu 36 secondes ; avant la mi-course, Evans lui a « virtuellement » ravi le maillot jaune. À l'arrivée, Evans est deuxième de l'étape, à 7 secondes de l'Allemand Tony Martin, Andy Schleck dix-septième, à 2 min 38 s, Fränk Schleck vingtième, à 2 min 40 s. Quant à Thomas Voeckler, courageux, il est treizième, à 2 min 14 s, préservant une quatrième place que convoitait Contador, finalement cinquième.

Sur les Champs-Élysées, le Britannique Mark Cavendish s'impose au sprint – c'est son cinquième succès dans ce Tour. Cadel Evans, deuxième en 2007 et en 2008, triomphe enfin. Il devient le premier Australien à remporter la Grande Boucle ; âgé de trente-quatre ans et cinq mois, il est aussi le plus « vieux » vainqueur du Tour de l'après-guerre.

Une course débridée favorisée par un parcours original, la « France de juillet » prise d'une « Voecklermania » rafraîchissante, des champions qui n'hésitent pas à se lancer dans des échappées hasardeuses, un vainqueur méritant et atypique : le Tour de France 2011 a réuni tous les ingrédients d'un grand crû. En outre, le dopage semble s'éloigner... Le Tour connaît une ère nouvelle, pense-t-on.

Hélas ! quelques mois plus tard, le dopage s'invite de nouveau dans l'actualité de la Grande Boucle. Le 6 février 2012, le T.A.S. rend son verdict dans l'affaire Contador : l'Espagnol est privé de sa victoire dans le Tour 2010, ainsi que de tous ses succès ultérieurs ; il est en outre suspendu deux ans, avec effet rétroactif. Contador ne retrouvera le peloton qu'en août 2012 ; il ne sera donc pas au départ du Tour de France 2012.

Le cyclisme cette année-là

Philippe Gilbert (Belgique) gagne successivement l'Amstel Gold Race, la Flèche wallonne et Liège-Bastogne-Liège.

Juan José Cobo (Espagne) remporte la Vuelta.

À Copenhague, Mark Cavendish (Grande-Bretagne) devient champion du monde sur route.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2011 - 98e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 28 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/2011-98e-tour-de-france/