201097e Tour de France

Départ

Rotterdam (Pays-Bas), 3 juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 25 juillet

Nombre d'équipes au départ

22

Nombre de coureurs au départ

197

Nombre de coureurs classés

170

Nombre d'étapes

20

Distance totale

3 642 km

Moyenne du vainqueur

39,594 km/h

Podium

1. Andy Schleck (équipe Saxo Bank, Luxembourg), 91 h 59 min 28 s 2. Denis Menchov (équipe Ranbobank, Russie), à 1 min 22 s 3. Samuel Sánchez (équipe Euskaltel-Euskadi, Espagne), à 3 min 1 s

Classement par points

Alessandro Petacchi (équipe Lampre, Italie)

Meilleur grimpeur

Anthony Charteau (équipe Bbox Bouygues Télécom)

Classement par équipes

RadioShack

La course

Vainqueur de l'épreuve en 2007 et en 2009, l'Espagnol Alberto Contador fait figure de favori du Tour 2010. Néanmoins, quelques éléments laissent penser qu'il pourrait connaître l'échec. D'abord, est-il vraiment aussi fort que l'an passé ? Il a en effet été battu dans le Critérium du Dauphiné quelques semaines avant le départ de la Grande Boucle, devancé par le Slovaque Janez Brajkovic ; Contador n'était certes pas au mieux de sa forme, car cette épreuve lui servait surtout à préparer la Grande Boucle, mais il fut nettement dominé dans l'étape contre la montre, ce qui constitue une surprise. En outre, il souhaitait quitter l'équipe Astana, mais il n'a pas pu le faire pour des raisons contractuelles ; néanmoins, il semble assuré du dévouement total de ses partenaires, fédérés par le Kazakh Alexandre Vinokourov. Parmi ses rivaux potentiels, deux champions semblent se détacher. En premier lieu, l'Américain Lance Armstrong. En 2009, pourtant coéquipier de Contador, il l'avait déstabilisé ; cette année, il a monté sa propre équipe, RadioShack, et il pourra donc le défier sans retenue. Ensuite, Andy Schleck. Le Luxembourgeois fut son dauphin en 2009 et il assure avoir progressé depuis lors, notamment dans l'exercice du contre-la-montre. On cite parfois l'Italien Ivan Basso, vainqueur du récent Giro, l'Australien Cadel Evans, champion du monde en 2009 et qui paraît très motivé depuis qu'il porte le maillot arc-en-ciel, le Russe Denis Menchov, le Britannique Bradley Wiggins...

Le prologue, à Rotterdam, voit comme prévu le succès du Suisse Fabian Cancellara. Mais les résultats des favoris s'avèrent surprenants : Lance Armstrong, quatrième, devance Alberto Contador, septième, de 5 secondes ; Andy Schleck, cent vingt-deuxième, concède 47 secondes à Armstrong et 42 secondes à Contador. Si la première semaine est favorable aux sprinters (l'Italien Alessandro Petacchi et le Britannique Mark Cavendish s'adjugent chacun deux étapes), elle est aussi fertile en rebondissements. Lors de la deuxième étape (Bruxelles-Spa, 201 km), dont la fin de parcours emprunte les routes de Liège-Bastogne-Liège, alors que le Français Sylvain Chavanel s'est porté à l'avant, un déluge s'abat sur la course : dans la descente du col de Stockeu transformée en « patinoire », plus de soixante coureurs chutent, dont les frères Schleck. Cancellara, maillot jaune, impose un diktat au peloton : en raison de ces circonstances exceptionnelles, il demande aux coureurs d'attendre les malheureux, pour lesquels tout espoir de succès à Paris s'envolerait déjà sans cette manœuvre ; lui-même sacrifie sa tunique or, que reçoit Sylvain Chavanel. Le lendemain, entre Wanze et Arenberg (213 km), le peloton est cette fois confronté aux pavés de Paris-Roubaix : Cancellara, vainqueur de cette classique en avril, lance une grande offensive, emmenant dans sa roue son coéquipier Andy Schleck, mais aussi, entre autres, Cadel Evans ; le Norvégien Thor Hushovd gagne l'étape, alors que Contador cède 1 min 13 s et qu'Armstrong, qui a connu plusieurs problèmes mécaniques, est rejeté à 2 min 8 s ; Cancellara retrouve le maillot jaune ; Andy Schleck réalise une belle opération, mais sa joie est ternie par la chute de son frère Fränk, contraint à l'abandon alors qu'il devait le seconder dans la montagne.

Lors de la septième étape (Tournus-Les Rousses, 165,5 km), le 10 juillet, Sylvain Chavanel passe encore à l'offensive, reçoit de nouveau le bouquet du vainqueur et retrouve le maillot jaune. Le lendemain, entre Les Rousses et Morzine-Avoriaz (189 km), la première étape alpestre offre son lot de surprises : Lance Armstrong chute à l'approche du col de la Ramaz, concède 11 min 45 s au vainqueur et voit ses espoirs de succès à Paris s'envoler ; à 1 kilomètre du sommet, Andy Schleck porte une franche attaque à laquelle Alberto Contador ne peut pas répondre et gagne l'étape ; Cadel Evans s'empare du maillot jaune. Le 13 juillet, entre Morzine-Avoriaz et Saint-Jean-de-Maurienne (neuvième étape, 204,5 km), le Français Sandy Casar remporte un joli succès en réglant au sprint ses six compagnons d'échappée. Mais, à l'arrière, Cadel Evans, diminué par une blessure au coude, s'effondre dès les premières pentes du col de la Madeleine, puis Andy Schleck passe à l'offensive ; Alberto Contador lui répond, les deux hommes unissent leurs efforts et s'assurent un avantage de 2 minutes et plus sur tous leurs rivaux potentiel ; Andy Schleck revêt le maillot jaune, comptant une avance de 41 secondes sur Contador. À l'occasion de la douzième étape (Bourg-de-Péage - Mende, 210,5 km), Contador accélère dans la difficile montée Laurent-Jalabert : il sacrifie de ce fait les chances de victoire de son coéquipier Alexandre Vinokourov alors en tête, mais reprend 10 secondes à Schleck, tandis que l'Espagnol Joaquim Rodríguez est tout heureux de gagner cette étape.

Pour fêter le centenaire du premier passage du Tour de France dans les Pyrénées, les organisateurs ont prévu quatre étapes dans ce massif montagneux. Les Français se distinguent dans celles-ci : Christophe Riblon, Thomas Voeckler et Pierrick Fédrigo s'imposent successivement. La quinzième étape (Pamiers - Bagnères-de-Luchon, 187,5 km), le 19 juillet, est l'occasion d'une passe d'armes entre Schleck et Contador : dans l'ascension du port de Balès, Schleck surprend Contador, décroché par une franche attaque ; on pense que le Tour peut basculer en faveur du Luxembourgeois, mais Schleck est victime d'un saut de chaîne ; il doit mettre pied à terre, Contador le dépasse et poursuit son effort ; à l'arrivée, Schleck, très malchanceux alors qu'il était joliment sorti de sa réserve, concède 39 secondes à Contador qui, pour 8 secondes, revêt le maillot jaune sous les huées de spectateurs déçus par ce manque de fair-play. Dans la dix-septième étape (Pau-col du Tourmalet, 174 km), Schleck passe de nouveau à l'offensive, mais Contador réplique ; le Luxembourgeois multiplie les coups de boutoir, l'Espagnol résiste à chaque fois ; au sommet, l'Espagnol ne dispute pas la victoire au Luxembourgeois, mais il conserve son maillot jaune ; son troisième succès dans la Grande Boucle semble assuré, même si son avantage demeure minime (8 s), car il s'est toujours montré très supérieur à son rival dans l'exercice du contre-la-montre.

Lors de ce contre-la-montre (dix-neuvième étape, Bordeaux-Pauillac, 52 km), le 24 juillet, les conditions météorologiques se modifient durant la journée : le vent devient contraire dans l'après-midi. Aussi, aucun des leaders ne sera en mesure d'approcher le temps du vainqueur, Fabian Cancellara, qui de toute façon était le favori. Le dénouement semble un moment réserver une surprise : Schleck compte jusqu'à 7 secondes d'avance sur Contador ; mais, sur la fin, l'Espagnol inverse la tendance et il devance le Luxembourgeois de 31 secondes à l'arrivée. Au classement général, Contador compte 39 secondes d'avance sur Schleck... soit l'écart précis entre les deux hommes à Bagnères-de-Luchon, quand Schleck fut victime de l'incident mécanique dont profita Contador. Le lendemain, Mark Cavendish s'impose sur les Champs-Élysées.

Alberto Contador remporte donc le Tour de France pour la troisième fois, mais il a paru plus à la peine qu'en 2009. Certes, Andy Schleck a réalisé de jolis progrès, aussi bien en montagne que dans le contre-la-montre. Mais peut-être a-t-il laissé passer sa chance, car Contador l'avouera : il se sentait moins en forme qu'en 2009 et eut parfois recours au bluff pour masquer ses petites défaillances. Le résultat du contre-la-montre Bordeaux-Pauillac est à cet égard significatif : certes, en raison du vent contraire, Contador ne pouvait pas rivaliser avec Cancellara, mais il a concédé 5 min 43 s au Suisse, ce qui est considérable ; en outre, Denis Menchov, finalement troisième à Paris et qui roulait aussi face au vent, lui a repris près de 2 minutes. Lance Armstrong, quant à lui, a effectué en « roue libre » son dernier Tour de France (il est vingt-troisième, à 39 min 20 s), lequel fut une sorte de tournée d'adieux dédiée à la promotion de sa fondation de lutte contre le cancer, Livestrong. Ce Tour laisse à certains observateurs une sensation d'inachevé, car le duel Alberto Contador-Andy Schleck se déroula à fleurets mouchetés, chacun faisant l'éloge de son rival : ainsi, après l'« incident » du port de Balès, Contador présenta ses excuses sur Internet, puis Schleck demanda par l'intermédiaire de la télévision au public d'arrêter de huer son rival espagnol, qu'il considère comme un ami. Laurent Fignon, dont la voie éraillée a ému les téléspectateurs qui suivaient la Grande Boucle sur France Télévisions et qui allait être emporté par le cancer quelques semaines après le Tour, résumait ainsi la situation, avec son franc-parler : « Le cyclisme ne doit pas être un sport de copains. La compétition doit être sans pitié. »

Néanmoins, ce Tour 2010 laissait momentanément une grande satisfaction : durant trois semaines, chacun avait évoqué les faits de course, la stratégie, etc., mais, pour la première fois depuis des lustres, personne n'avait parlé de dopage.

Hélas ! dès le mois d'octobre, on apprenait que des soupçons pesaient sur Alberto Contador (des traces minimes de clenbuterol, un stéroïde anabolisant, ont été décelées lors d'un contrôle durant le Tour), et l'Espagnol était suspendu provisoirement par l'U.C.I... Mais, en février 2011, il se voyait « blanchi » par la Fédération espagnole. Néanmoins, en février 2012, après des mois de procédure, le Tribunal arbitral de sport disqualifie Alberto Contador et le suspend 2 ans à titre rétroactif. Andy est déclaré vainqueur du Tour 2010.

Le cyclisme cette année-là

Fabian Cancellara (Suisse) remporte le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, et est champion du monde du contre-la-montre pour la quatrième fois.

Ivan Basso (Italie) gagne le Giro.

Vincenzo Nibali (Italie) remporte la Vuelta.

À Melbourne, Thor Hushovd devient le premier Norvégien champion du monde professionnel sur route.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2010 - 97e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 24 novembre 2020. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/2010-97e-tour-de-france/