200895e Tour de France

Départ

Brest (Finistère), 5 juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 27 juillet

Nombre d'équipes au départ

20

Nombre de coureurs au départ

180

Nombre de coureurs classés

145

Nombre d'étapes

21

Distance totale

3 553 km

Moyenne du vainqueur

40,492 km/h

Podium

1. Carlos Sastre (équipe C.S.C., Espagne), 87 h 52 min 52 s 2. Cadel Evans (équipe Silence-Lotto, Australie), à 58 s 3. Denis Menchov (équipe Rabobank, Russie), à 2 min 10 s

Classement par points

Oscar Freire (équipe Rabobank, Espagne)

Meilleur grimpeur

Carlos Sastre (équipe C.S.C., Espagne)

Classement par équipes

C.S.C.

La course

Au moment où s'élance la 95e édition de la Grande Boucle, chacun espère encore un renouveau du Tour. Mais le divorce entre Amaury Sport Organisation et l'Union cycliste internationale (U.C.I.) est alors consommé. Ainsi, la plus grande course cycliste du monde n'est pas organisée sous l'égide de l'U.C.I., mais sous celle de la Fédération française de cyclisme. En conséquence, l'U.C.I. ne fournira pas à l'organisation les données du « passeport biologique », mis en place à la fin de 2007. En outre, l'équipe Astana, dont fait désormais partie le dernier vainqueur du Tour, l'Espagnol Alberto Contador, n'a pas été invitée. En l'absence de celui-ci, l'Australien Cadel Evans fait figure de favori, au même titre que l'Espagnol Alejandro Valverde, qui vient de remporter le Critérium du Dauphiné libéré et a montré de réels progrès dans l'exercice du contre-la-montre. Mais les outsiders sont nombreux, et l'Italien Riccardo Ricco, surnommé le « Cobra », récent deuxième du Giro, qui a décidé au dernier moment de participer au Tour, se verrait bien jouer les trublions.

Pour la première fois depuis 1967, le Tour ne débute ni par un prologue ni par un contre-la-montre, mais par une étape en ligne (Brest-Plumelec, 197 km). En outre, les bonifications à l'arrivée ont été supprimées, le but étant de permettre une course de mouvement et de favoriser les offensives. Alejandro Valverde s'adjuge cette première étape et revêt le maillot jaune. La troisième étape (Saint-Malo - Nantes, 208 km) voit le succès du Français Samuel Dumoulin, alors qu'un autre Français, Romain Feillu, s'empare du maillot jaune. Les favoris vont pouvoir se jauger à l'occasion du premier contre-la-montre (quatrième étape, un circuit de 29 km autour de Cholet). Surprise : l'Allemand Stefan Schumacher s'impose et revêt le maillot jaune. Cadel Evans (quatrième à 21 s) a justifié son rang, Denis Menchov (onzième à 1 min 12 s) et Damiano Cunego (seizième à 1 min 26 s) ont limité les dégâts ; Alejandro Valverde (dix-septième à 1 min 27 s) a déçu. Le sprinter britannique Mark Cavendish remporte la cinquième étape (Cholet-Châteauroux, 232 km) – il s'adjugera encore trois victoires avant d'abandonner au pied des Alpes. La moyenne montagne est au menu de la sixième étape (Aigurande - Super-Besse, 195,5 km) : Riccardo Ricco s'impose en force, alors que Stefan Schumacher, victime d'une chute près de l'arrivée, doit laisser son maillot jaune au Luxembourgeois Kim Kirchen. La première étape pyrénéenne (neuvième étape, 224 km) conduit les coureurs de Toulouse à Bagnères-de-Bigorre : Riccardo Ricco s'envole dans le col d'Aspin et l'emporte. Le « Cobra » avait annoncé qu'il favoriserait le succès de son coéquipier de l'équipe Saunier-Duval Leonardo Piepoli le lendemain, 14 juillet (Pau-Hautacam, 156 km) : de fait on assiste à une démonstration de cette formation, puisque Piepoli s'impose, devant son coéquipier Juan José Cobo Acebo ; le Luxembourgeois Frank Schleck est troisième à 28 s ; les principaux favoris terminent à 2 min 17 s ; mais Alejandro Valverde et Damiano Cunego, décrochés dès le Tourmalet, concèdent près de 6 minutes et hypothèquent leurs chances de victoire finale. L'Australien Cadel Evans revêt le maillot jaune, avec 1 seconde d'avance sur Frank Schleck, alors que les cinq premiers se tiennent en 1 minute.

Mais, dès le 17 juillet, le dopage fait de nouveau la une de l'actualité du Tour : Riccardo Ricco a été contrôlé positif à la CERA (continuous erythropoietin receptor activator), une EPO retard de troisième génération récemment « mise sur le marché ». L'équipe Saunier-Duval quitte l'épreuve.

Jusqu'aux Alpes, les favoris se neutralisent. La première étape alpestre (quinzième étape, Embrun-Prato Nevoso, 180 km) voit la victoire de l'Australien Simon Gerrans, rescapé d'une échappée au long cours. Les favoris s'expliquent dans la montée finale, et Frank Schleck devance Cadel Evans de 9 secondes, ce qui lui permet d'endosser le maillot jaune. Mais la situation demeure serrée, puisque 49 secondes seulement séparent Frank Schleck du sixième du classement général, son coéquipier espagnol de l'équipe C.S.C. Carlos Sastre. Et deux coureurs quasi inconnus du grand public (l'Autrichien Bernhard Kohl, deuxième à 7 s ; l'Américain Christian Vandevelde, cinquième à 39 s) se trouvent en bonne place. Le 22 juillet, entre Cueno et Jausiers (150 km), les favoris se neutralisent, malgré le train soutenu imposé par l'équipe C.S.C., et le Français Cyril Dessel remporte l'étape. Seul Christian Vandevelde, qui concède près de 3 minutes aux autres prétendants à la victoire finale, semble désormais hors du jeu. Le lendemain, un menu copieux est proposé aux coureurs à l'occasion de la dix-septième étape (Embrun - L'Alpe-d'Huez, 210,5 km) : le Galibier, la Croix-de-Fer et les célèbres vingt et un lacets de la montée finale. Pour espérer remporter le Tour, les principaux rivaux de Cadel Evans, qui est considéré comme le meilleur spécialiste du contre-la-montre parmi les leaders du classement général, se doivent de le distancer. L'équipe du maillot jaune, emmenée par le frère de celui-ci, Andy Schleck, imprime une vive allure dans l'ascension de la Croix-de-Fer. Au pied de L'Alpe-d'Huez, Carlos Sastre porte une attaque ; Frank Schleck joue la course d'équipe, tout comme son frère Andy, qui semblait l'homme fort du jour, et les deux frères contrarient la poursuite, menée par Cadel Evans, parfois relayé par le Russe Denis Menchov ; Carlos Sastre accroît en permanence son avantage et s'impose, devançant de 2 min 3 s son compatriote Samuel Sánchez ; Cadel Evans et les autres favoris sont à 2 min 15 s. Carlos Sastre endosse le maillot jaune, devant Frank Schleck à 1 min 24 s, Bernhard Kohl à 1 min 33 s, Cadel Evans à 1 min 34 s et Denis Menchov à 2 min 39 s.

Comme souvent, le dernier contre-la-montre de la Grande Boucle sera donc décisif. La question est la suivante : Cadel Evans, bon spécialiste de l'exercice, pourra-t-il faire son retard sur Carlos Sastre, théoriquement moins performant dans cet effort spécifique ? Et Denis Menchov semble conserver quelques maigres chances. Ce contre-la-montre se déroule le 26 juillet, sur 53 kilomètres, entre Cérilly et Saint-Amand-Montrond. En fait, il apparaît rapidement que Cadel Evans termine le Tour épuisé et qu'il ne parviendra pas à renverser la vapeur. Stefan Schumacher remporte l'étape ; Cadel Evans, septième à 2 min 5 s, ne reprend que 29 secondes à Carlos Sastre, douzième ; le grimpeur autrichien Bernhard Kohl, surprenant neuvième à 2 min 19 s, complétera le podium à Paris, alors que les frères Schleck ont montré leurs limites. Le lendemain, le sprinter belge Gert Steegmans s'impose sur les Champs-Élysées.

On ne peut certes pas parler de « Tour du renouveau » (quatre coureurs pris pour dopage durant l'épreuve), mais il semble que la Grande Boucle commence de sortir de l'ornière. Les contrôles antidopage se sont en effet avérés efficaces (d'autres coureurs, dont l'Allemand Stefan Schumacher et l'Autrichien Bernhard Kohl, seront convaincus de dopage plusieurs semaines après l'arrivée, grâce à des tests réalisés sur des échantillons sanguins conservés). La victoire de Carlos Sastre, trente-trois ans, qui a su porter son attaque au bon moment, ne souffre pas la contestation. Les champions ont paru épuisés durant la dernière semaine de la Grande Boucle – chose logique –, ce qui n'était plus le cas depuis une dizaine d'années. Néanmoins, on peut aussi parler de « Tour de transition ». En effet, si Carlos Sastre a saisi sa chance, il ne semble pas en mesure de rééditer son exploit ; Cadel Evans, tout comme en 2007, n'a pas su prendre la sienne. Il a trente et un ans et trouvera-t-il une nouvelle opportunité ? Les observateurs s'accordent pour estimer que l'avenir appartient sans doute à l'Espagnol Alberto Contador, vingt-cinq ans, ou à Andy Schleck, vingt-trois ans, s'il progresse dans l'exercice du contre-la-montre.

Le cyclisme cette année-là

Fabian Cancellara (Suisse) remporte Milan-San Remo.

Tom Boonen (Belgique) gagne Paris-Roubaix.

Alejandro Valverde (Espagne) remporte Liège-Bastogne-Liège et la Clásica San Sebastián.

Alberto Contador (Espagne) remporte le Giro et la Vuelta. Il devient, après Jacques Anquetil, Felice Gimondi, Eddy Merckx et Bernard Hinault, le cinquième champion vainqueur des trois grands Tours dans sa carrière.

Triomphe britannique en cyclisme sur piste aux jeux Olympiques de Pékin : 7 médailles d'or, dont 3 pour Chris Hoy (vitesse, keirin, vitesse par équipes).

Julien Absalon (France) est champion olympique de V.T.T. pour la seconde fois consécutivement.

Le B.M.X. fait son entrée au programme olympique : le Letton Maris Strombergs et la Française Anne-Caroline Chausson remportent les titres.

Sur le circuit de Varèse (Italie), Alessandro Ballan (Italie) devient champion du monde sur route.

En septembre, Lance Armstrong annonce son retour à la compétition pour 2009 : l'Américain ambitionne de remporter le Tour pour la huitième fois.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2008 - 95e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 11 octobre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/2008-95e-tour-de-france/