200794e Tour de France

Départ

Londres (Grande-Bretagne), 7 juillet

Arrivée

Paris (Champs-Élysées), 29 juillet

Nombre d'équipes au départ

21

Nombre de coureurs au départ

189

Nombre de coureurs classés

141

Nombre d'étapes

20

Distance totale

3 547 km

Moyenne du vainqueur

38,97 km/h

Podium

1. Alberto Contador (équipe Discovery Channel, Espagne), 91 h 0 min 26 s 2. Cadel Evans (équipe Predictor-Lotto, Australie), à 23 s 3. Levi Leipheimer (équipe Discovery Channel, États-Unis), à 31 s.

Classement par points

Tom Boonen (équipe Quick Step, Belgique)

Meilleur grimpeur

Mauricio Soler (équipe Barloworld, Colombie)

Classement par équipes

Discovery Channel

La course

Pour la première fois de son histoire, le Tour de France s'élance sans qu'un coureur porte le dossard numéro 1. En effet, le premier du Tour 2006, l'Américain Floyd Landis, convaincu de dopage, a multiplié les procédures devant diverses juridictions, et n'est toujours pas officiellement déclassé. Par cette mesure symbolique, les organisateurs de la Grande Boucle souhaitent réaffirmer leur volonté de lutter contre le dopage tout en condamnant les atermoiements des autorités sportives, notamment l'Union cycliste internationale (U.C.I.), avec laquelle ils sont en désaccord sur de nombreux points. Une nouvelle fois, les concurrents de la Grande Boucle ne s'élancent pas dans la sérénité. Depuis l'opération Puerto, une vaste affaire de dopage sanguin mise au jour par la justice espagnole en 2006, l'Allemand Jan Ullrich a pris sa retraite sportive, l'Italien Ivan Basso s'est vu suspendu. Le Danois Bjarne Riis, vainqueur du Tour en 1996, a avoué s'être dopé lors de cette édition du Tour. Symboliquement, son nom a été rayé du palmarès. Mais cette décision n'est d'aucun effet, puisque les faits sont prescrits. Néanmoins, alors qu'il est devenu directeur sportif de l'équipe C.S.C., il renonce à accompagner ses coureurs. L'Allemand Erik Zabel a lui aussi reconnu s'être dopé la même année, mais est autorisé à prendre le départ. En outre, Pat McQuaid, le président de l'U.C.I., déclare à la presse que le favori de cette édition, le Kazakh Alexandre Vinokourov, « ne ferait pas un beau vainqueur », laissant là encore planer des rumeurs de dopage...

À Londres, le succès populaire est néanmoins au rendez-vous. Des milliers de spectateurs sont venus assister au prologue. Celui-ci voit la nette victoire du Suisse Fabian Cancellara, qui devance l'Allemand Andreas Klöden, coéquipier de Vinokourov et lui aussi prétendant à la victoire finale, de 13 secondes. Cancellara est l'homme de la première semaine. En effet, il gagne la troisième étape (Waregem-Compiègne, 236,5 km) et conserve son maillot jaune jusqu'aux Alpes. Cette première semaine n'est pas sans événement : lors de la cinquième étape (Chablis-Autun, 182,5 km), Klöden puis Vinokourov chutent. L'Allemand finit avec le peloton, mais le Kazakh perd 1 min 20 s dans l'affaire et est assez sérieusement touché aux genoux.

Un air frais semble souffler sur le Tour à l'occasion de la septième étape (Bourg-en-Bresse - Le Grand-Bornand, 197,5 km : le jeune Allemand Linus Gerdemann (vingt-quatre ans) s'impose et endosse le maillot jaune. Le lendemain, entre Le Grand-Bornand et Tignes (165 km), le Danois Michael Rasmussen se lance dans un de ces raids solitaires dont il a l'habitude pour conquérir le maillot à pois de meilleur grimpeur. Il remporte l'étape et endosse un maillot jaune que chacun pense éphémère. Dans la montée vers Tignes, le Français Christophe Moreau s'est montré brillant, et le public se prend à rêver qu'un Français puisse, pour la première fois depuis longtemps, se mêler à la lutte pour la victoire finale, dans un Tour qui devient ouvert. En effet, les blessures de Vinokourov le handicapent fortement : pourtant attendu par Klöden, il cède plus d'1 minute à ses principaux adversaires. Lors de la neuvième étape (Val-d'Isère - Briançon, 159,5 km), remportée par le Colombien Mauricio Soler, la défaillance de Vinokourov se confirme : il concède quelque 3 minutes à tous ses rivaux et semble hors du jeu pour le classement général. Mais les « affaires » s'invitent de nouveau sur le Tour. Le 18 juillet, on apprend le contrôle positif de l'Allemand Patrik Sinkewitz (qui a abandonné à la suite d'une chute), et la télévision publique allemande décide immédiatement de ne plus retransmettre le Tour en direct. Le lendemain, la fédération danoise révèle que Michael Rasmussen à reçu plusieurs avertissements pour manquement au règlement antidopage (non-communication de son programme d'entraînement, absence lors de contrôles inopinés) et qu'elle l'exclut d'ores et déjà de la sélection pour les Championnats du monde en 2007 et les jeux Olympiques en 2008.

Le premier contre-la-montre n'intervient qu'à l'occasion de la treizième étape (un circuit de 54 km autour d'Albi). Pour les observateurs, il s'agit du premier grand test pour les favoris. Leur surprise est double : Vinokourov, « ressuscité », remporte l'étape, devant l'Australien Cadel Evans (à 1 min 14 s), et revient dans la course ; Rasmussen, qui d'habitude concède un temps considérable dans cet exercice, se classe onzième (à 2 min 55 s) en faisant jeu égal avec de nombreux spécialistes de l'effort solitaire, ou en les devançant. Le Danois, à trente-trois ans, se mue en prétendant à la victoire à Paris ! Le maillot jaune, déjà suspecté de dopage, devient de plus en plus encombrant. Les ambitions de ce maillot jaune controversé sont plus que confirmées le lendemain, lors de la quatorzième étape (Mazamet-Plateau de Beille, 197 km) : dans la montée finale, il livre un duel au jeune Espagnol Alberto Contador (vingt-quatre ans). L'Espagnol s'impose devant Rasmussen, qui consolide encore son maillot jaune. Quant à la « résurrection » de Vinokourov, il ne s'agissait que d'un feu de paille : il termine à une demi-heure. Mais son courage a rendu le Kazakh sympathique au public, qui en fait son « chouchou ». Néanmoins, chacun s'étonne de la performance de Rasmussen et Contador sur le Plateau de Beille : tout en s'attaquant mutuellement et montant donc à un rythme irrégulier, ils ont roulé plus vite que Lance Armstrong au meilleur de sa forme sur ces 16,5 km !

Après sa défaillance, Vinokourov renaît de nouveau : il s'adjuge la seizième étape (Foix-Loudenvielle, 196 km). L'élan de sympathie envers le courageux Kazakh s'amplifie. Un élan brisé net le lendemain : le Kazakh s'est dopé (transfusion homologue) pour remporter le contre-la-montre. Il se voit exclu du Tour, ainsi que toute son équipe, Astana. Le 25 juillet, la dernière étape pyrénéenne (Orthez - Gourette-col d'Aubisque, 218 km) propose un menu copieux (4 cols de première catégorie ou hors catégorie). Dans l'Aubisque, Rasmussen semble se jouer de la pente : sans forcer, il repousse les attaques de Contador, puis s'en va gagner l'étape. Il reçoit son maillot jaune sous les huées d'un public qui n'est plus dupe. Le Tour semble néanmoins joué. Les organisateurs, contrits, se désolent de la victoire probable du Danois, qui n'aurait pas été autorisé à prendre le départ si l'U.C.I. leur avait fourni les informations qu'elle possédait concernant les manquements de celui-ci au règlement antidopage. Mais ils ne disposent d'aucun moyen juridique vis-à-vis du maillot jaune, qui n'a pas été contrôlé positif. Cependant, le soir même, l'affaire rebondit : l'équipe Rabobank, son employeur, affirme détenir la preuve que Rasmussen lui a menti sur son emploi du temps et décide de l'exclure de la course !

La nouvelle du départ du Danois est un soulagement pour beaucoup ; mais, pour tous, il est temps que ce Tour nauséabond s'achève. En d'autres circonstances, la dix-neuvième étape (Cognac-Angoulême, 55,5 km contre la montre) aurait dû passionner les foules. En effet, trois coureurs postulent encore à la victoire finale. L'Américain Levi Leipheimer, étonnant, s'impose devant l'Australien Cadel Evans (à 51 s), tandis que l'Espagnol Alberto Contador, grimpeur qui se découvre lui aussi des qualités de rouleur, se classe cinquième à 2 min 18 s. Pour 23 secondes, il conserve le maillot jaune dont il a hérité et remporte le Tour de France.

Les trois premiers se tiennent en 31 secondes : l'écart le plus faible de l'histoire. Mais l'aspect sportif est plus que secondaire – et y a-t-il un aspect sportif ? On devrait se réjouir du succès d'un jeune coureur de vingt-quatre ans, Alberto Contador, qui aurait pu incarner un « nouveau cyclisme ». D'autant que son histoire personnelle est émouvante : à vingt et un ans, il fut victime d'un début de rupture d'anévrisme, puis opéré en urgence d'une lésion cérébrale liée à une malformation congénitale. Une histoire qui n'est pas sans rappeler celle de Lance Armstrong, un autre « miraculé », dont la présence dans la voiture de la Discovery Channel sur les Champs-Élysées a embarrassé beaucoup de monde, dont les organisateurs du Tour. Et ne faut-il pas dire que le nom de Contador était apparu dans l'opération Puerto...

Le cyclisme cette année-là

Stuart O'Grady est le premier Australien vainqueur de Paris-Roubaix.

Danilo Di Luca (Italie), vainqueur du Giro, est exclu du Pro Tour et suspendu trois mois pour son implication dans une affaire de dopage.

Denis Menchov (Russie) gagne la Vuelta.

Sur le circuit de Stuttgart (Allemagne), Paolo Bettini (Italie) est champion du monde sur route (pour la deuxième fois consécutivement).

En octobre, Oscar Peirero (Espagne) est déclaré vainqueur... du Tour de France 2006 après que Floyd Landis a épuisé tous les recours juridiques.

—  Pierre LAGRUE

Écrit par :

  • : historien du sport, membre de l'Association des écrivains sportifs

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Pour citer l’article

Pierre LAGRUE, « 2007 - 94e Tour de France », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 22 novembre 2019. URL : http://www.universalis.fr/encyclopedie/2007-94e-tour-de-france/